Un policier l'assure : "Nous étions caillassés mais l'ordre du bourgmestre de charger ne venait pas". Close réagit : "C'est ridicule, c'est de la diffamation"

L'agression des forces de l'ordre, le pillage de commerces et la casse de mobilier urbain ce dimanche, à la fin de la manifestation Black Lives Matter à Bruxelles, ont suscité indignation, colère, mais aussi incompréhension. Comment expliquer que la police ne soit pas intervenue plus tôt ?

L'agression des forces de l'ordre, le pillage de commerces et la casse de mobilier urbain ce dimanche, à la fin de la manifestation Black Lives Matter à Bruxelles, ont suscité indignation, colère, mais aussi incompréhension.

Comment expliquer que la police ne soit pas intervenue plus tôt ? "C'est simple, nous n'avons pas reçu l'ordre. Nous avons dû attendre 1h30 !", s'exclame un policier de la zone Bruxelles-Ixelles qui tient à garder l'anonymat.

"Avant la manifestation, nous avions reçu la consigne de ne pas effectuer de contrôles. Ensuite, lorsque nous avons été caillassés et que nous avons constaté la destruction de matériel comme des feux tricolores et des panneaux de signalisation, nous ne pouvions pas agir. Pourtant, il y avait déjà matière à intervenir. En temps normal, nous aurions chargé, mais l'ordre ne venait pas... Nous sommes restés en position défensive : une jambe devant et la matraque à la main", décrit notre source. "Ensuite, on nous a envoyés jouer à cache-cache : c'est-à-dire qu'on recevait l'ordre de nous rendre dans une rue, sauf que les grabuges avaient lieu quelques rues plus loin. Le but : éviter de nous opposer aux manifestants. Je ne comprends vraiment pas ce qui passait dans la tête de nos décideurs à ce moment-là car nous pouvions facilement arrêter les émeutiers."

Les décideurs que notre interlocuteur évoque, qui sont-ils ? "Le bourgmestre de Bruxelles", lâche le policier. "C'est lui qui donnait les instructions ce dimanche, c'est lui qui supervisait l'opération depuis le centre de crise avec le chef de zone. Aujourd'hui, il dit avoir réagi à temps. Mais, sur le terrain, nous avons dû attendre 1h30 après les premiers incidents pour enfin pouvoir intervenir. Nous nous sommes sentis abandonnés. Nous étions obligés de laisser faire alors que nous nous faisions lapider par tout objet qui passait sous la main des casseurs. Aujourd'hui, de nombreux collègues sont blessés à cause des pavés qu'ils ont reçus."

Notre source indique que, comme ses collègues, elle s'attendait à ce que cette manifestation se termine dans le grabuge. Elle estime néanmoins que les policiers étaient suffisamment nombreux sur le terrain. "C'est juste la manière dont nous avons été utilisés qui est incompréhensible. Moralement, c'est dur à vivre."

Ce policier déplore finalement que les habitants et commerçants du quartier aient, eux aussi, été délaissés. "Imaginez-vous : ils téléphonaient à la police et, plus d'une heure après, aucun agent n'était encore sur place. Ils ne comprennent pas cette absence de réaction, cet abandon."

Préavis de grève

Le syndicat policier SLFP a déposé un préavis de grève pour la zone de police Bruxelles capitale-Ixelles, qui était déployée pour encadrer la manifestation qui a rassemblé environ 10 000 personnes. "Nous avons constaté que l'analyse de risque pour dimanche ne tenait pas la route. Les seuils de tolérance quant à la violence envers la police n'étaient pas non plus assez déterminés", a réagi Vincent Houssin, président du syndicat.

"Hier, 28 policiers ont été blessés. Nous nous tournons ici vers les autorités administratives, qui ont une importante responsabilité et doivent assumer la responsabilité de l'application de la loi", ajoute-t-il. Selon le syndicat, la manifestation n'aurait jamais dû se tenir.

Close : "Je démens formellement"

Contacté par nos soins, Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles, assure que cette absence d'ordre est "fausse". "Je démens formellement. Dès les incidents à la Porte de Namur, nous avons donné l'instruction de charger directement. Je suis prêt à confronter les points de vue avec quiconque. Nous ne sommes pas dans une dictature, je peux entendre les critiques. Mais ce procédé de témoigner anonymement me déplaît fortement."

Le socialiste ajoute qu'il était aux côtés du chef de corps de 15h à 21h et qu'il a donc suivi tout ce qui se passait, en prenant les décisions opportunes. "Comment imaginer que je préfère que des vitrines soient cassées et des policiers blessés ? C'est ridicule, c'est de la diffamation."

Ilse Van de keere, porte-parole de la zone de police, assure que le chef de corps a bien donné l'ordre d'intervenir et de charger dès les premiers incidents.

Sur Twitter, le chef de corps, Michel Goovaerts, a réagi, signalant qu'il "dément fermement que le bourgmestre Philippe Close a donné l'ordre de ne pas intervenir ou de le faire tardivement. La décision d'intervenir, la manière de le faire et l'exécution des ordres reviennent au commandement dont, en tant que chef de corps, je porte l'entière responsabilité". 

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