La présence de nanoparticules pousse le fédéral à déconseiller ses masques gratuits

Face à la toxicité potentielle des masques de la société Avrox, les autorités ont décidé de les retirer de la circulation.

So. De

Non contents de rester dans les stocks par millions faute de demande, les masques en tissu fabriqués par l’entreprise Avrox pour l’État fédéral afin d’être distribués gratis depuis juin 2020 pourraient être aussi dangereux pour la santé. Ils contiennent en tout cas des nanoparticules d’argent et de dioxyde de titane, selon les premiers résultats d’une étude confidentielle de Sciensano, divulguée par la RTBF.

Le document ne précise pas les concentrations de ces substances dans les masques, la taille des particules (certaines seraient agglomérées), ni la partie du masque où sont logées ces particules, ce qui est indispensable pour évaluer les risques de migration et de toxicité par inhalation. Néanmoins, "ces substances sont potentiellement toxiques", souligne Alfred Bernard (UCLouvain). "Le dioxyde de titane est classé comme cancérogène possible pour l’homme. L’argent est beaucoup moins nocif." Pour le toxicologue, leur présence est "aberrante" : "Dans l’industrie, on met des masques pour se protéger de ces particules, et ici on en met dans le masque ! La présence de ces particules, non indispensables, est interpellante : le dioxyde de titane est un pigment, il sert uniquement à colorer. L’argent est, lui, un biocide. Mais arriver à placer ces particules d’argent sur l’extérieur du masque pour inactiver le virus, et sans risque de migration et d’inhalation, impliquerait un masque très performant et dont l’efficacité et la sécurité ont été soigneusement validées… Le fabricant aurait dû mentionner lors de l’achat la composition du masque. Ce sont des substances réglementées. Ces masques échappent à l’évaluation des risques habituelle, pour être sûr que les particules ne pénètrent pas dans l’organisme."

Risques improbables a priori

L’effet de ces substances sur l’être humain est peu étudié, mais on connaît ses effets sur l’animal. "Chez l’animal, on sait que le dioxyde de titane s’accumule dans les poumons, en cas d’exposition importante, et entraîne une réaction inflammatoire, qui débouche sur des mutations génétiques et des risques de cancer. Si on regarde les expositions expérimentales chez l’animal et les niveaux d’exposition dans l’industrie, les risques de l’argent et du dioxyde de titane nécessitent des expositions chroniques ou du moins à très fortes doses, et a priori dans la situation qui nous préoccupe les risques me paraissent assez improbables dès lors qu’il s’agit d’un masque porté sur une période assez courte." En pratique, "mieux vaut porter ce masque que pas de masque du tout. Mais il y a à présent des masques alternatifs disponibles, et mieux vaut porter un autre masque que celui-là".

Si Sciensano souligne que les résultats actuels, très préliminaires, "ne permettent pas d’estimer si ces nanoparticules sont bien libérées des masques et dans quelle mesure les utilisateurs y sont exposés", le ministre de la Santé, se basant sur un avis du Conseil supérieur de la santé, a donné mercredi le conseil au public de ne plus les utiliser pour le moment, par précaution.

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