Les violences sexuelles touchent deux Belges sur trois

Une femme sur six et un homme sur vingt déclarent avoir subi un viol, montre une étude à grande échelle.

An.H.

Cela peut être un baiser furtif, mais indésirable, déposé dans le creux du cou. Ou une main qui palpe un sein ou un entrejambe, sans autorisation. Les agressions sexuelles peuvent aller jusqu’au pire, le viol, tenté ou abouti.

En Belgique, deux tiers de la population disent avoir été victimes de violences sexuelles au cours de leur vie, ressort-il de la première étude représentative à grande échelle, dont les résultats ont été présentés mardi. Cette recherche, financée depuis 2017 par Belspo (la politique scientifique fédérale), a été menée par un consortium interdisciplinaire de l’UGent, de l’ULiège et de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC). Pour mieux comprendre les mécanismes, la nature, l’ampleur et l’impact du phénomène, plus de 5 000 personnes ont été interrogées par le biais d’une enquête en ligne mais aussi d’entretiens en face-à-face. Des professionnels du secteur ont également répondu aux questions. Plus de 150 entretiens qualitatifs ont été menés avec des participants qui ont été victimes pour mesurer plus finement l’impact de ces violences sexuelles sur leurs vies et celles de leurs familles.

Personne ne semble épargné

Cette étude* confirme donc que la violence sexuelle est fortement répandue en Belgique. Personne ne semble épargné, quels que soient le sexe, l’orientation sexuelle ou l’origine ethnique. Ainsi, entre 16 et 69 ans, huit femmes sur dix et un homme sur deux disent avoir déjà subi des violences sexuelles, jusqu’au viol pour 16 % des femmes et 5 % des hommes.

Près de 80 % des personnes LGBTQIA + disent avoir été exposées à au moins une forme de violence sexuelle. Un quart (24 %) des gays, lesbiennes et transgenres ont subi un viol ou une tentative de viol.

Les demandeurs de protection internationale (candidats à l’asile ou à un séjour temporaire) résidant en Belgique forment un public particulièrement vulnérable face aux violences sexuelles : plus de 84 % en sont victimes, dont 61 % au cours des 12 derniers mois, période où ils étaient déjà en Europe ou en Belgique…

Largement tabou

Les seniors sont également concernés. Si l’on considère les personnes âgées de plus de 70 ans, une sur douze a subi de la violence sexuelle au cours de la dernière année. Dans 2,5 % des cas, ces abus impliquaient des contacts physiques et dans 0,6 %, un viol ou une tentative.

À partir de 70 ans, femmes et hommes sont victimes de manière égale. Les seniors continuent d’éprouver de la dépression, de l’anxiété, du stress post-traumatique… et à abuser d’alcool en raison de violences sexuelles antérieures.

Le sujet reste encore largement tabou. Moins de la moitié des victimes âgées avaient déjà parlé de leur expérience à un membre de leur réseau social. Seuls 6 % avaient cherché de l’aide auprès d’un professionnel et à peine 4 % avaient signalé les faits à la police.

*Compréhension des mécanismes, nature, magnitude et impact de la violence sexuelle en Belgique (UN-MENAMAIS)


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