Les pompiers menacent de faire grève le 21 juillet : "Pas touche à nos shifts de 24 heures"

La ministre de l'Intérieur entend faire passer les shifts de 24h à 8h. Une aberration pour les pompiers du pays qui estiment que la ministre est "déconnectée de la réalité". Le risque d'une grève prévue le 21 juillet, jour de fête nationale, est bien réel.

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A. F.

La colère gronde parmi les pompiers du pays suite à la volonté du gouvernement fédérale de supprimer les shifts de 24h.

En effet, lors d’une réponse apportée en séance plénière, la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden a annoncé son intention de déposer un projet de loi mettant fin aux gardes de 24h des pompiers. La ministre se base en effet sur une circulaire de mai 2016, toujours d’actualité aujourd’hui, remise en cause selon elle par des études scientifiques qui assurent que des shifts de 12 heures ou plus entraînent des risques de troubles cardiaques, de dépression et de burn-out. La mesure préconisée vise donc à faire passer ces shifts de 24 h à 8h.

Mais cette mesure est vue d’un mauvais oeil par la SLFP qui envisage de rédiger un préavis de grève pour le 21 juillet, jour de fête nationale. Sur les réseaux sociaux, la fronde s’organise via un groupe Facebook créé ce mercredi et qui rassemble plus de 2000 pompiers.

Guillaume, 33 ans et pompier à la caserne Delta à Bruxelles, fait partie de ces membres. "Tous les pompiers sont opposés à la suppression du shift de 24h. C’est l’un des trucs que l’on préfère dans notre boulot car cela nous permet d’avoir ensuite trois jours de repos pour se changer les idées et profiter de notre famille", explique-t-il. "On a un boulot particulier où l’on voit souvent des morts, des gens qui ne vont pas bien. Pour nous, c’est un énorme avantage de complètement déconnecter et être en famille. De plus, supprimer le shift de 24h poserait des problèmes organisationnels pour un pompier qui par exemple vit à Verviers mais qui travaille à Bruxelles. Ce que vous provoqueriez avec ce changement d’horaire serait un exode d’énormément de pompiers professionnels de Bruxelles vers le corps dans lequel ils sont volontaires afin d’y devenir professionnel ou leur démission de leur fonction volontaire pour rester à Bruxelles car ils n’auraient plus la possibilité de se mettre de garde volontaire."

De son côté, la SLFP se base sur une étude réalisée au Canada pour démontrer que la garde de 24h est acceptable pour deux raisons. "La première est que les sapeurs-pompiers ont le droit de dormir pendant leur garde de nuit : la nuit de sommeil est complète lorsqu'il n'y a pas d'activité opérationnelle, ce qui réduit le risque d'accident et augmente la performance des intervenants. Dans certains services incendie, les siestes tactiques sont encouragées pendant la journée à des moments stratégiques", explique Eric Labourdette, permanent SLFP. "Cette culture du ‘rehab' ou soutien de l'intervenant dans laquelle 'tout sommeil est bon à prendre' est selon eux à encourager fortement. "

La deuxième raison avancée est que l'intervention de nuit, lorsqu'elle se produit est souvent précédée par une période de sommeil procurant un effet favorable peu de temps après le réveil, ce qui donne un avantage au sapeur-pompier par rapport à d'autres professions travaillant la nuit et n'ayant pas la chance de dormir.

En séance plénière, la ministre de l'Intérieur a en effet assuré, en se basant sur les conclusions d'un groupe de travail émises en 2017, que "les gardes de 24h doublent les risques de maladie et d'accident par rapport à des à des prestations de travail effectives de 8h. Le risque d'erreur professionnel est également augmenté."