"Un caractère historique", "du jamais-vu en cette saison": un météorologue fait le point sur les intempéries qui frappent la Belgique

Les pluies diluviennes de mercredi ont battu des records.

"Un caractère historique", "du jamais-vu en cette saison": un météorologue fait le point sur les intempéries qui frappent la Belgique
© Michel Tonneau

Pour faire sortir le mot “exceptionnel” de la bouche d’un météorologue, il faut se lever tôt. Et vu la situation que vivent des milliers de Belges depuis mardi soir, nous aurions préféré ne pas l’entendre. Mais cet énième épisode de pluie de l’été 2021 a battu plusieurs records. Ce n’est pas une surprise au vu des dégâts, mais il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que cela se calme au plus vite. “Je viens de consulter les cumuls de pluie sur les 48 dernières heures. Dans certains endroits de la province de Liège, ils revêtent un caractère historique. À Jalhay, il est tombé entre mardi 8h et aujourd’hui 8h 271,5 mm. La normale pour juillet est de 100 mm. À Spa sur la même période il est tombé 217,1 mm (normale 96,8 mm). Ces chiffres proviennent des pluviomètres automatiques de la région wallonne avec laquelle l’IRM collabore. De telles quantités ont une durée de période de retour théorique d’une fois tous les 200 ans. À titre de comparaison, il n’est rien tombé à la station d’Ostende, ce qui montre le caractère extrêmement stationnaire de la dépression qui a concerné une partie du pays”, explique Pascal Mormal, météorologue à l’IRM.

Avec de telles quantités, on comprend mieux que les cours d’eau sortent de leur lit. “Ce qui se passe dépasse en gravité ce que l’on avait connu en juillet 1980. En rentrant chez moi hier soir (mercredi, NdlR) j’avais remarqué les nombreuses prairies inondées dans la région de Philippeville, Couvin qui semblaient s’être transformées en petits lacs. Très impressionnant et du jamais-vu pour moi en cette saison”, poursuit-il.

Et en plus de ces pluies rarement vues, il ne faut pas oublier le cumul de ces dernières semaines qui avait déjà bien rempli les cours d’eau et saturé les sols. De là à parler de records pour les dernières semaines ? “Il faut être prudent car des différences importantes existent d’une région à l’autre, notamment sur les énormes cumuls des deux derniers jours qui n’ont pas concerné tout le pays de manière égale. Pour la station de référence d’Uccle si l’on prend les cumuls depuis le 18 juin (début de pluies régulières sur le pays) jusqu’à aujourd’hui, on arrive à un total de 151,2 mm. Pour cette station, il faut remonter à juillet 1980 pour trouver sur la même période une valeur plus élevée. À l’époque 190,5 mm. une différence avec 1980 est que ces pluies avaient été très abondantes mais assez régulières sur la période (aucun pic de 100 mm par jour n’avait par ex été relevé dans le réseau de l’IRM). Les inondations qui avaient touché les rivières ardennaises avaient été très spectaculaires, mais n’avaient pas connu l’aspect aussi brutal et rapide de celles qui touchent le sud du pays ces dernières heures.