Une situation très "atypique" pour un mois de juillet : à quel point le dérèglement climatique est-il en cause dans les pluies diluviennes ?

placeholder
© Tonneau

Immanquablement, un épisode de précipitations intenses tel que nous le vivons actuellement pose la question de leur lien avec les dérèglements du climat. Interrogé jeudi matin dans l’émission Il faut qu’on parle sur DH Radio, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele (UCLouvain) rappelait qu’en 1990 déjà, le premier rapport du Giec soulignait que "l’effet de serre accentuera les deux extrêmes hydrologiques. C’est-à-dire qu’il y aura plus d’épisodes de pluies extrêmement abondantes et plus de sécheresses prolongées" .

Prudents, les spécialistes évitent cependant d’établir à chaud une filiation directe avec un événement particulier, faute de pouvoir analyser avec un peu de recul l’ensemble des données qui ne sont forcément pas disponibles à ce stade. Certains météorologues avancent néanmoins que l’on a atteint ces deux derniers jours des niveaux de précipitations "jamais vus" à certains endroits.

"En juillet, le niveau de précipitations est en moyenne d’environ 70 mm sur l’ensemble du mois", commente de son côté David Dehenauw, chef du service scientifique Prévisions du temps à l’IRM. "Or ces deux derniers jours, on a atteint localement 150 mm et sans doute davantage en province de Liège. Nous n’avons pas encore toutes les données", ajoute-t-il.

Pour sa part, son collègue Pascal Mormal évoque certains relevés sur des pluviomètres automatiques installés en Région wallonne qui font état de plus de 200 mm en 48 h à Spa et 271,5 mm à Jalhay.

L’an dernier, l’IRM a publié un rapport qui épinglait les changements climatiques d’ores et déjà observés dans notre pays. Il pointait notamment une augmentation moyenne des précipitations de l’ordre de 15 % depuis 1890 à l’échelle du pays et s’attendait à une augmentation du nombre de jours avec des précipitations extrêmes au cours des prochaines décennies. Précipitations dont l’impact "est également aggravé par l’augmentation des surfaces dures telles que l’asphalte ou le béton" .

Plutôt en hiver qu’en été

Mais là encore M. Dehenauw se veut nuancé. "Dans notre rapport, on met surtout l’accent sur la fréquence de forts orages ou de fortes averses en été ou au printemps ; et une augmentation des jours avec beaucoup de pluie, mais surtout en hiver. Ce que nous vivons pour le moment est atypique pour l’été. Il est compliqué d’attribuer cela à 100 % au réchauffement climatique. A priori, cela devrait se produire en hiver plutôt qu’en été. Mais ce sont des moyennes, cela n’exclut pas un épisode très particulier."

Dans le rapport sur les incidences environnementales associé à l’élaboration des plans de gestion des risques d’inondation pour la période 2022-2027 (actuellement soumis à la consultation publique), les auteurs notent également pour leur part qu’"une des estimations les plus probables est que l’augmentation des risques d’inondation est à prévoir principalement en hiver, où l’augmentation des précipitations sera la plus importante. L’augmentation généralisée des extrêmes pluvieux suggère aussi que la capacité d’infiltration des sols serait dépassée plus fréquemment. Ce risque apparaît particulièrement important en été où les précipitations extrêmes auront plutôt tendance à s’intensifier."

Professeure à Gembloux Agro-Bio Tech, où elle enseigne la physique des sols et l’hydrologie, Aurore Degré relève quant à elle que la Wallonie n’avait plus connu de telles inondations depuis les années 1990 et 2000.

Selon elle, le dérèglement climatique rendra la prise en compte du risque d’inondation encore plus importante. "Auparavant, de telles précipitations avaient lieu tous les 50 ans. Dorénavant, ce sera peut-être tous les 20 ans."

Sur le même sujet