La photo de Marguerite, sac jaune sur la tête, a fait le tour du pays: "Ce vendredi, je sens encore le mazout"

L'image est iconique. Elle a fait le tour des médias et des réseaux sociaux.

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© Belga
Y. N.

On y voit la rue Garde-Dieu, à Angleur, envahie par les eaux. Et plusieurs habitants, l'eau parfois jusqu'au cou, qui tentent de gagner les hauteurs, laissant derrière eux leurs maisons complètement noyée sous deux à trois mètres de haut. Une dame d'une cinquantaine d'années est en pleurs, soutenue par un proche, une autre transporte, en le maintenant comme elle peut hors de l'eau, son enfant dans les bras.

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Marguerite, sac plastique jaune sur la tête, lève les yeux au ciel. Pour implorer le ciel d'arrêter de pleuvoir sans doute, mais aussi et surtout pour s'enquérir de la situation d'habitants sinistrés encore bloqués au premier étage de leur habitation. Elle a de l'eau tantôt jusqu'à la poitrine, tantôt jusqu'au cou. "Je suis arrivée sur place vers 9h30, confie la jeune femme. J'ai une maison dans la rue et mon locataire m'avait appelée à l'aide car l'eau s'était engouffrée dans la cave. Comme j'avais une pompe assez puissante, je me suis directement rendue sur place. Mais j'ai très vite compris que ça ne servirait à rien. L'eau continuait à monter et actionner la pompe ne servait pas à grand-chose à partir du moment où le rez-de-chaussée commençait à être inondé."

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Sa maison, en hauteur, est l'une des moins impactée de la rue. En contrebas par contre, l'eau a fini par dépasser le premier étage. Marguerite n'a pas hésité une seconde. Elle s'est jetée à l'eau. "Les gens demandaient de l'aide, personne ne savait s'il fallait évacuer ou pas. Comme l'eau continuait à monter, nous avons décidé de le faire. Et d'aider les gens qui étaient en pleine détresse. Il y avait des enfants paniqués, des mamans en pleurs. Avec l'aide d'autres personnes, nous avons sorti des dizaines de personnes de leur habitation."

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Dans une eau glaciale, Marguerite et ses acolytes ont donc parcouru toute la rue pour secourir et évacuer les habitants sinistrés. "Certains étaient bloqués au premier étage, de l'eau à hauteur de bassin. Nous avons trouvé une échelle pour les faire descendre et les ramener en lieu sûr. On a notamment ramené des personnes âgées sur la terre ferme en les utilisant des barrières de jardin comme bateau de fortune. On a utilisé tout ce qui pouvait flotter : des bouées, des matelas,..." L'eau était très froide et certaines personnes très âgées. Il fallait à tout prix éviter qu'elles tombent. Il y avait aussi de nombreux débris dans l'eau. En se déplaçant, on recevait des bûches dans les jambes, dans le ventre."

Une fois les premières personnes sur la terre ferme, Marguerite est retournée dans l'eau, inlassablement. "Il fallait sortir tout le monde. Je n'étais heureusement pas seule. Il y a eu une grande solidarité. J'ai notamment fait la connaissance d'un réfugié qui s'est aussi jeté à l'eau pour aider ceux qui étaient en détresse. L'eau était horriblement froide et sentait fort le mazout. Les chaudières ont été inondées et tout le mazout s'est déversé dans l'eau. Ce vendredi, je sens encore le mazout."

Heureusement, tout le monde s'en est sorti indemne. "Il y a juste deux habitations que nous n'avons pas pu évacuer. Les habitants étaient sous oxygène et il n'y avait aucun pompier pour nous aider. Ils étaient occupés ailleurs. Des policiers nous ont aidés également."

Ce vendredi midi, l'eau est toujours bien présente dans la rue. Et la décrue s'annonce très longue. "Nous retournerons sur place quand l'eau se sera retirée. Pour aider les sinistrés à nettoyer, à évacuer ce qui peut encore être sauvé, à jeter ce qui a été détruit."

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