Une dizaine de morts, des milliers de sans-abris: récit d’une journée noire, où le chaos s’est abattu sur la Belgique

Les intempéries qui frappent la Wallonie depuis mardi ont causé de terribles pertes.

Une dizaine de morts, des milliers de sans-abris: récit d’une journée noire, où le chaos s’est abattu sur la Belgique
©BELGA

Des images de fin du monde. Et un terrible sentiment d’impuissance tant dans le chef de milliers de citoyens sinistrés que des autorités et secouristes. La Wallonie a plongé dans l’horreur, dans l’indicible, jeudi, noyée par des précipitations diluviennes qui frappent notre pays depuis deux jours.

Après une nuit déjà compliquée pour des milliers de citoyens dont les maisons ont été inondées mercredi, la situation a empiré au fil des heures. Une grande partie des cours d’eau du sud du pays sont sortis de leur lit, s’engouffrant dans les rues des villes et villages, les transformant en torrent d’eau brunâtre, emportant tout sur leur passage. Des centaines de véhicules ont été charriés par la force des flots comme de vulgaires fétus de paille, des caravanes ont été éventrées par les ponts sous lesquels elles étaient bringuebalées, les portes et fenêtres de milliers d’habitations ont explosé sous la puissance de l’eau, des voies de chemin de fer ont été emportées et le déraillement du train a forcé Infrabel à stopper le trafic ferroviaire sur de nombreuses lignes.

Certains villages ont été plus touchés que d’autres, avec un niveau d’eau jamais atteint : à Aywaille, Chaudfontaine - où le roi Philippe s’est rendu ce jeudi -, Chênée, Durbuy, Grez-Doiceau, Hotton, Theux, Trooz ou encore Vaux, l’eau est montée à plus de 1,5 m de hauteur dans les habitations les plus touchées. Au point que pompiers et armée soient diligentés en priorité pour venir en aide aux victimes encore coincées chez elles. Les provinces de Liège et Namur ont été les plus touchées. Mais celles de Luxembourg et du Brabant wallon ainsi que la botte du Hainaut ont aussi subi de lourds dégâts.

À Pepinster, où une dizaine de maisons se sont effondrées sous la force du courant, l’eau dépassait largement le premier étage des certains bâtiments, contraignant les habitants à se réfugier sur les toits, sans eau, sans nourriture et dans le froid, en attendant que les secouristes finissent par les tirer de cette délicate situation.

Avec, malheureusement, des victimes à déplorer. Au moment de boucler ces lignes, au moins onze personnes ont été retrouvées sans vie, tantôt emportées par les flots, tantôt piégées au sein même de leur habitation. Rien que dans l’arrondissement de Verviers, cinq personnes au moins sont décédées. Et des dizaines d’autres étaient portées disparues, faute d’avoir pu être contactées par leurs proches en raison des pannes de réseau téléphonique et de courant.

Peu après, les autorités liégeoises ordonnaient l’évacuation des riverains installés le long de la Meuse et dans le centre-ville et donnaient l’ordre, à ceux qui ne pouvaient quitter leur immeuble, de se rendre à leur point le plus haut. Déjà à fleur de quai, le fleuve devait encore grossir avec les précipitations et monter de près de 1,5 m. En milieu d’après-midi, la crainte d’inondations plus graves que les crues historiques de 1926 était bien réelle dans la cité principautaire. En cause, notamment, les travaux qui se tiennent depuis deux ans au barrage de Monsin et qui empêchaient de relâcher suffisamment d’eau pour pouvoir soulager le centre de Liège en diminuant la hauteur de la Meuse. Vers 15 h 45, les autorités dinantaises décidaient elles aussi de l’évacuation des quais en bord de Meuse.

Au vu de l’évolution des événements, la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden, avait peu de temps avant déclenché la phase fédérale du plan catastrophe. "Nous sommes en contact permanent avec le Centre de crise, qui surveille la situation dans toute la province, indiquait le Premier ministre Alexander De Croo. La seule attitude à avoir pour l’instant, c’est d’aider les gens et de sauver les gens. Car par endroits, la situation risque de s’aggraver. Ce que nous voyons aujourd’hui, nous ne l’avons jamais vu."

De l’aide en provenance de France, d’Autriche, du Luxembourg et d’Italie a été envoyée pour épauler nos secouristes.

Ce vendredi, les cours d’eau en crue devraient se retirer, laissant derrière eux des paysages de désolation. Les dégâts s’annoncent considérables et devraient se chiffrer en milliards d’euros. Une fois l’eau complètement retirée - ce qui pourrait prendre encore plusieurs heures -, les habitants pourront retourner dans leurs maisons pour faire le constat des dégâts et le ballet des assurances pourra commencer. Ce jeudi soir, des milliers de personnes ne devraient pas dormir chez elles, si tant est qu’elles puissent trouver le sommeil.

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