Un réseau de sentinelles se met sur pied en Wallonie pour détecter les personnes en détresse suicidaire

Un dispositif innovant permet aux citoyens de devenir des acteurs de prévention. On compte déjà 171 sentinelles.

Un réseau de sentinelles se met sur pied en Wallonie pour détecter les personnes en détresse suicidaire
© Shutterstock

D’une année à l’autre, le nombre officiel de suicides reste relativement stable en Belgique. Les derniers chiffres disponibles auprès de Statbel, l’Office belge de statistique, relatifs à 2018, montrent que 1 792 Belges se sont donné la mort cette année-là, dont 72 % d’hommes et 28 % de femmes. Cela représente 5 suicides par jour... Ces données sous-estiment pourtant le nombre réel de passages à l’acte suicidaire.

La source principale d’information statistique provient des certificats de décès rédigés par le corps médical (les médecins de famille, les légistes, les hôpitaux…). Un certain nombre de gestes désespérés sont mal répertoriés, classés dans les "causes inconnues" ou "décès d’intention indéterminée" si celle-ci n’est pas claire. Des suicides se cachent aussi dans les cases "accident". Quand un automobiliste, seul en cause, a foncé dans un arbre dans une ligne droite, le doute peut s’insinuer. Il arrive aussi que la famille ne souhaite pas déclarer officiellement le suicide d’un proche pour des raisons religieuses, d’assurance…

Des lanceurs d’alertes

En-deça de la réalité, ces chiffres ne proposent en outre qu'une vue très partielle d'un phénomène complexe, souligne le Centre de prévention du suicide. Les pensées suicidaires et les tentatives de suicide sont d'autres indicateurs à prendre en compte pour appréhender les comportements suicidaires, véritable problème de santé publique en Belgique.

À l'occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, le 10 septembre, l'ASBL Un pass dans l'impasse met en avant un dispositif innovant et unique en Belgique : le réseau de sentinelles, lancé en 2020. Le service qui fait de la prévention du suicide en Région wallonne veut ainsi outiller les citoyens pour les aider à réagir face à un proche qui exprime sa détresse, son mal-être ou même son envie de mourir. Objectif : diminuer le nombre alarmant de décès par suicide en Wallonie en facilitant la détection.

Ce rôle de sentinelle n'est pas dévolu aux professionnels de la santé. "Quel que soit votre profil, que vous soyez père, mère, étudiant, banquier, éducateur, vendeur ou retraité, vous pouvez devenir une sentinelle et prévenir le suicide d'une ou plusieurs personnes", assure Thomas Thirion, administrateur délégué de l'ASBL Un pass dans l'impasse.

Concrètement, l’ASBL propose une sensibilisation(*), gratuite, d’une durée de trois heures, qui se fait en visioconférence par groupes d’une quinzaine de personnes. La formation propose une série d’outils pour détecter et orienter les personnes en détresse suicidaire. Une fois sentinelles, les citoyens peuvent, avec l’accord de la personne concernée, envoyer une alerte vers Un pass dans l’impasse qui dirigera l’intéressé vers une aide appropriée. Quelque 171 citoyens ont déjà franchi le pas et sont devenus des acteurs de prévention de suicide.

www.preventionsuicide.be ou 0800.32.123 (numéro gratuit)

(*)Pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un courrier à contact@info-suicide.be

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