Des centaines d'étudiants galèrent à s'acheter de la nourriture: "Sans les épiceries solidaires, je mangerais des pâtes tous les jours"

Chaque semaine, des centaines d'étudiants se rendent dans des épiceries solidaires pour pouvoir se nourrir correctement. "La Libre Etudiant" s'est rendue dans l'une d'elles. Reportage.

Des centaines d'étudiants galèrent à s'acheter de la nourriture: "Sans les épiceries solidaires, je mangerais des pâtes tous les jours"
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Cela fait une heure que les bénévoles de l'épicerie solidaire du Remblai s'affairent à mettre en place les dernières caisses de fruits et légumes. Ils le savent : une cinquantaine d'étudiants vont bientôt arriver pour récupérer leur colis alimentaire. Quelques minutes avant l'ouverture, une petite file s'est d'ailleurs déjà formée à l'extérieur. Munis de leurs sacs, les jeunes attendent leur tour.

Soudain, Rashidi Akida, le responsable de l'épicerie, donne le top départ. La porte s'ouvre, deux jeunes entrent. Pendant qu'ils s'acquittent des 4 euros demandés, une bénévole est déjà sur le qui-vive. "Vous mangez de tout?", leur demande-t-elle. L'homme acquiesce en tendant ses sacs. Très vite, ceux-ci se remplissent de fruits, légumes, mais aussi de produits frais et non périssables. "Vous préférez du riz ou des pâtes?" "Du riz", répond-il. "Vous voulez de la farine?" "Non merci". "Mademoiselle, vous avez besoin de protections hygiéniques?" "Non merci, pas cette fois". Un sac de vivres sous le bras, les étudiants sortent. Et un autre entre aussitôt. Les allées et venues vont, comme d'habitude, durer plusieurs heures.

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"Si on n'avait pas l'épicerie, on ne mangerait pas aussi bien", reconnaît d'emblée Anatole, 22 ans. Cela fait un an et demi qu'il vient ici "pour avoir les essentiels". "Avant, avec mes collocs, on récupérait les invendus des marchés ou on faisait les poubelles des grandes surfaces. Tout ça nous prenait vraiment beaucoup d'énergie. Il fallait faire le tri entre la nourriture encore comestible et celle qui ne l'était pas. Sans compter que, parfois, le regard des autres était pesant. Les passants se demandaient ce qu'on faisait. Ici, c'est plus sympa. Personne ne nous pose de questions." Les épiceries mettent en effet un point d'honneur à accueillir tous les étudiants, sans qu'ils doivent fournir le moindre justificatif (excepté leur carte étudiant). Seule une réservation leur est demandée via l'application "Au p'tit panier". "On considère que ceux qui viennent ici en ont vraiment besoin. On leur fait confiance, on n'a de toute façon jamais eu d'abus", explique Victor Licata, chargé opérationnel.

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"Une bouffée d'air"

Pour les étudiants en difficulté financière, les colis proposés par l'Association pour la solidarité étudiante en Belgique (ASEB) représentent une bouffée d'air frais. "En tout, on nourrit 600 étudiants par semaine", nous explique Victor Licata. Preuve de l'utilité de leur travail : depuis le début de l'année, leurs six antennes - Saint-Louis, Erasme, Alma, Remblai, Solbosch et Namur - ne désemplissent pas. "Pendant le Covid, le nombre d'étudiants qui ont fait appel à nous a augmenté. On pensait que ça allait revenir à la normale mais ce n'est pas vraiment le cas. Les répercussions de l'épidémie se font toujours sentir, le prix des loyers a aussi augmenté, tout comme le coût de la vie", détaille Victor Licata.

Si des jeunes sont entrés dans la précarité à cause du Covid, d'autres pâtissent indirectement de la reprise du présentiel. En un an de cours à distance, certains étudiants avaient en effet développé de nouvelles façons de s'en sortir, qu'ils doivent maintenant abandonner. "L'année passée, je pouvais exercer mon travail de jobiste pendant les cours puisque tout se faisait à distance", souligne Yacine, 24 ans. "Aujourd'hui, avec la reprise des cours dans les classes, je ne peux pas sécher, donc je travaille moins et j'ai moins de revenus. Si je peux économiser sur la bouffe en venant ici, je ne m'en prive pas." "Sans ça, je ne saurais pas boucler mes fins de mois", acquiesce une habituée.

"Sans l'épicerie, je mangerais des pâtes tous les jours"

"Actuellement, on parvient tout juste à répondre à la demande", note Victor Licata. Pourtant, les épiceries solidaires multiplient les partenariats. Les banques alimentaires et les grandes enseignes de supermarchés leur donnent leurs invendus, tandis que le Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD) leur fournit la majorité des produits non périssables. En tout, ce sont des tonnes de nourriture qui passent par leur entrepôt chaque semaine. "Mais il arrive qu'on doive acheter les choses qu'il manque", précise-t-il. Ce qu'ils reçoivent peut en effet fortement varier d'une semaine à l'autre. Alors, quand ils se rendent compte qu'il leur manque un produit essentiel, ils mettent la main au portefeuille. Hors de question pour eux que les étudiants aient moins de choix lorsqu'ils viennent les voir. Il faut dire que la diversité des produits est quelque chose qui plait beaucoup aux bénéficiaires des colis alimentaires.

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"Sans l'épicerie, je mangerais des pâtes tous les jours", explique Antoine, 23 ans, en BAC2. "Grâce à eux, je peux manger plus varié. J'ai une meilleure alimentation." "En soi, je pourrais faire mes courses dans des supermarchés pas chers", embraie une étudiante de 20 ans qui a tenu à rester anonyme. "Mais je devrais alors vraiment me serrer la ceinture, et j'aurais des produits de moins bonne qualité. Ici, je mange varié sans même y penser. Du coup, je me contente simplement de faire quelques achats complémentaires si j'ai l'idée d'une recette spécifique." "Et puis, en plus, c'est anti-gaspi", rajoute un autre étudiant de la file.

"Nous sommes une nécessité"

Lorsqu'ils repartent avec leurs sacs de course qui les aideront à tenir plusieurs jours, les étudiants se montrent tous reconnaissants. En plein milieu de la distribution, une jeune femme demande d'ailleurs comment elle peut faire pour devenir bénévole et, elle aussi, aider les jeunes en difficulté. Aussitôt, Edouard, un bénévole, se tourne vers elle. Cette question résonne tout particulièrement en lui. Cet ancien étudiant est justement devenu volontaire dans l'épicerie après avoir bénéficié de ses services pendant ses études. "C'était important pour moi de rendre la pareille", nous glisse-t-il. "Je sais ce que c'est de venir, donc je fais tout pour mettre à l'aise les jeunes qui viennent nous voir."

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Si beaucoup se contentent de repartir avec leur panier sans vraiment discuter, d'autres se sentent assez à l'aise pour se livrer davantage. "Ici, ils peuvent aussi raconter leurs problèmes s'ils le souhaitent", souligne Victor Licata. "Des psychologues sont parfois présents dans la file à l'extérieur pour leur demander comment ils vont, et écouter ceux qui ont besoin de parler. Il y a aussi des assistants sociaux qui sont à leur disposition. Mais il n'y a bien sûr aucune obligation, chacun est libre de faire ce qu'il veut."

Même si les services sociaux des universités et des hautes écoles sont eux aussi à l'écoute, beaucoup de jeunes continuent à vouloir se débrouiller seuls. D'autres ne sont tout simplement pas au courant des aides qu'ils peuvent demander. "Le nombre d'étudiants en difficulté ne cesse d'augmenter", regrette Victor Licata, qui annonce d'ailleurs l'ouverture prochaine d'une nouvelle antenne près de la Cocof. "Nous prouvons depuis une dizaine d'années maintenant que notre existence est une nécessité. Sans nous, trop d'étudiants seraient dans une situation impossible. On aimerait vraiment pouvoir faire encore plus."

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