Comment les mèmes sont devenus les rois des réseaux sociaux

Comment les mèmes sont devenus les rois des réseaux sociaux
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Nathan Scheirlinckx

Un article écrit par notre partenaire, l'Etincelle, un kot-à-projet néo-louvaniste centré sur le journalisme.

Facebook, Twitter, Instagram... Les mèmes sont partout. On en use, on en abuse. Pour rigoler, le plus souvent. Pour parler de la politique parfois. Avec, dans tous les cas, un double objectif : appartenir à une communauté en ligne et, surtout, flatter son égo.

D'après l'Oxford English Dictionary, un meme, au sens générique du terme, est "un élément culturel ou comportemental qui se transmet d'un individu à l'autre par imitation ou par d'autres moyens non génétiques". Apparues sur Facebook il y a une dizaine d'années, ces publications associant un texte à une image sortie de son contexte ont le vent en poupe. Au point que les mèmes sont devenus les rois des réseaux sociaux, que la génération Z côtoie au quotidien.

Il y a différentes catégories de mèmes, plus ou moins présentes sur les réseaux sociaux en fonction du moment. On assiste ici à un phénomène similaire à celui qui anime la mode : des cycles, lors desquels certains mèmes ont plus ou moins de succès. Donatien Schmitz en publie régulièrement et connait bien cet univers. Il est étudiant à l’Université Catholique de Louvain et membre d’un kot-à-projet : “un mème fonctionne bien lorsqu’il amène quelque chose d’original”. Le revers de la médaille, “c’est de produire quelque chose de tellement décalé qu’il en devient incompréhensible pour le restant de la communauté”.

Astérix & Obélix: Mission Cléôpatre, OSS 117, Koh-Lanta et plus récemment Zemmour. Du côté des Neurchi, groupes où les membres publient des mèmes, la tendance actuelle est à la démultiplication. Sur le réseau social fondé par Mark Zuckerberg, il existe, rien qu'en Belgique francophone, des dizaines et des dizaines de Neurchi.

Pour Donatien Schmitz, les mèmes sont avant toute chose des affaires d'égo : "Les membres de ces groupes cherchent à se mettre en avant, à faire rire les autres pour qu'ils les apprécient". Un phénomène encore plus remarquable chez les administrateurs de Neurchi, chargés de modérer (gérer ou filtrer) les publications. Dans la jungle des mèmes, ce sont eux qui font la loi. "Ils imposent certaines règles comme le fait de ne pas taguer ses amis dans les commentaires. Le but est d'aller vers plus de contenu qualitatif". L'étudiant l'assure, il existe chez ces administrateurs une véritable soif de supériorité vis-à-vis du reste de la communauté.

Les mèmes, créateurs de communautés

Car oui, c’est bien de communauté qu’il s’agit ici. Chaque groupe accepte, partage des règles et des codes qui lui sont propres. “Les mèmes font partie d'une culture numérique”, selon Camille Tilleul, qui a réalisé une recherche sur l’utilisation par les jeunes adultes des réseaux sociaux. “Les mèmes permettent de faire référence à cette culture et de s'identifier les uns les autres dans une communauté qui la partage”.

Pour celle qui est doctorante à l’UCLouvain, les mèmes s’adressent à un public de niche. Un constat partagé par Donatien Schmitz, qui va encore plus loin: “Mes grands-parents ou mes parents ne comprendraient pas ce type de publication humoristique, c’est aussi une question de génération”.

Comprendre les mécanismes à l'œuvre dans le fonctionnement des Neurchi ne doit pas nous empêcher de continuer à apprécier la saveur des mèmes. Mais sur les réseaux sociaux, où beaucoup transparaît tandis que rien ne disparaît, les mèmes font partie intégrante de la course aux likes et de la guerre d'égos.