Ancien grand reporter de "La Libre", Marc Opsomer est parti pour de bon

Ancien grand reporter de "La Libre", Marc Opsomer est parti pour de bon
©D.R.
Michel Rosten

Marc Opsomer fut une grande figure du journalisme qu'il exerça avec autant de talent que de discrétion. Il est vrai qu'à l'époque où il fut engagé à La Libre Belgique, au début des années soixante, personne ne pouvait, contractuellement, signer ses articles, ce dont chacun s'accommodait sans peine. Tout au plus, les grands reporters avaient-ils droit à leurs initiales quand ils partaient pour des expéditions au long cours. Marc en fit quelques-unes quand, versé au service de politique étrangère, il partit en Afghanistan, occupé à l'époque par les Soviétiques, ou en Iran, après la chute du Chah.

Mais avant de se lancer dans ses grands reportages, Marc Opsomer apprit le métier sur le tas. Certes, il avait fait ses études à l’université de Lille, qui possédait une faculté de journalisme, encore inexistante en Belgique ; mais cela ne le dispensa guère de passer par les servitudes auxquelles était soumis tout jeune journaliste. Entré au journal par le service de politique intérieure, il fut soumis à l’exercice difficile des "poignets" au Parlement. Jamais il ne l’a regretté car il était persuadé que c’était dans cette enceinte que se jouaient et le présent et l’avenir du pays. Et il ajoutait volontiers qu’il appartenait à la presse d’y suivre les choses de près. Écœuré par certaines pratiques politiques, il fut d’ailleurs tenté, au zénith de sa carrière, de se lancer dans un journalisme d’investigation, mais Jean Daloze (alors rédacteur en chef) rejeta cette proposition.

Parfait bilingue, ce fils de notaire courtraisien fut un des rares confrères à prêter attention aux événements qui se déroulaient dans la partie flamande du pays. Il décida même de se faire enregistrer administrativement chez les voisins du Nord, ce dont il eut à se mordre les doigts le jour où le fisc prétendit lui faire payer une somme astronomique, sous prétexte qu’un homonyme avait ancré son trois-mâts au port d’Ostende…

À mi-parcours, la direction proposa à celui que nous appelions affectueusement "Mops" d’occuper les fonctions de secrétaire de rédaction. Il s’acquitta de la tâche avec rigueur, compétence et, surtout, sans jamais se prendre au sérieux. Il entretint les meilleurs rapports avec tout un chacun et, en particulier, avec le personnel de l’atelier, alors que le journal - encore composé dans le plomb - se mettait en page à la dernière minute.

Il rallia enfin le service de politique étrangère où, par la force des choses, il s’occupa des sujets qui n’avaient pas trouvé preneur avant son arrivée. Comme le découpage du monde était fait de longue date avant qu’il arrive en renfort, on le traita avec une certaine commisération en le qualifiant de "grand spécialiste des îles" qui, il est vrai, le fascinaient pour peu qu’elles se trouvent en Méditerranée… Mais il faut ajouter que Marc se plaisait à faire monter volontiers les enchères sur le chapitre des railleries et qu’il fut, avant tout, un joyeux drille qu’un long célibat débarrassa de toute contrainte tant qu’il ne connut guère les servitudes de deux mariages.