La polarisation dans la société devient un phénomène structurel, selon la Sûreté de l'État

La Sûreté de l'État a adressé une mise en garde à l'égard de la polarisation croissante au sein de la société, favorisée par la crise sanitaire.

La polarisation dans la société devient un phénomène structurel, selon la Sûreté de l'État
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Belga

Selon son rapport sur l'année 2020, on ne peut plus parler d'un phénomène temporaire. "La polarisation et l'insatisfaction dans notre pays ont désormais pris une telle ampleur que nous ne pouvons plus parler de phénomène temporaire. En 2021, notre pays restera toujours sous l'influence de la crise sanitaire pendant un certain temps, et les extrémistes de toutes sortes exprimeront donc leur colère, en ligne et en public, souvent attisée par des campagnes de désinformation menées par des acteurs nationaux et étrangers", indique le directeur de l'analyse du service de renseignement civil, Peter Lanssens.

La crise sanitaire a alimenté la colère des extrémistes à droite et à gauche, note-t-il. Le politique et les autorités sont désignés comme les coupables et sont devenus des cibles de violence. La désinformation est également à l'œuvre, ce qui a compliqué la gestion des risques liés à la pandémie. En soi, le phénomène n'est pas neuf mais les médias sociaux ont fondamentalement changé le rapport à l'information et le sentiment d'insécurité lié à la multiplication des crises a augmenté.

"Tout cela crée un terrain propice à la manipulation en ligne, avec un impact jamais vu avant et qui constitue un défi pour la démocratie", ajoute le rapport.

Le danger terroriste demeure, observe également la Sûreté. Même si la menace islamiste est "en phase de restructuration", elle est toujours présente et est considérée comme restant la plus dangereuse. Le rapport pointe plusieurs défis à relever à l'échelon national, dont celui de réintégrer les personnes condamnées pour terrorisme et qui arrivent en fin de peine ou de surveiller des personnes arrivées parmi le flux des réfugiés de Syrie et qui y ont commis des crimes au nom de l'État islamique.

Divers mouvements sont passés en revue, comme le salafisme et l'influence persistante de la péninsule arabique où se forment des personnes devenant ensuite des leaders dans leur communauté locale (une cinquantaine en Belgique, selon le rapport) et les Frères musulmans, considérés comme un mouvement extrémiste. L'influence de ceux-ci est mise en avant au travers des activités qu'ils organisent, principalement dans la capitale, et leur présence dans de nombreuses associations dans tous les domaines de la société. Le rapport s'attache également aux activités du parti kurde PKK ou à l'influence islamiste dans la communauté tchétchène.

La Sûreté s'inquiète aussi de la menace de l'extrême-droite. "De plus en plus en plus d'extrémistes considèrent la violence comme la seule réponse aux problèmes que, selon eux, le gouvernement et les politiciens ne peuvent ou ne veulent pas résoudre. Le risque qu'un guerrier du clavier ait recours à la violence est aussi une réalité en Belgique", relève-t-elle.

Cette forme d'extrémisme fait l'objet d'une surveillance accrue qui se traduit notamment par l'augmentation du nombre d'extrémistes de droite fichés comme "prêcheurs de haine" ou "extrémistes potentiellement violents".

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