Yves Coppieters, avant le Codeco : "Le postulat du Premier ministre est une erreur"

Yves Coppieters était l'invité de l'émission "Il faut qu'on parle" sur DH Radio.

En ce jour de Comité de concertation, qui a débuté ce matin à 8h, Yves Coppieters a fait le point. Des mesures fortes sont attendues : la fermeture de l'Horeca à 23h et la fermeture pure et simple du monde de la nuit sont sur la table, tout comme des restrictions concernant les fêtes privées. Le professeur en santé publique de l'ULB rappelle qu'il est impératif de briser les chaînes de transmissions et la courbe des contaminations, mais selon lui, il est trop tôt pour prendre de nouvelles mesures.

"Le Premier ministre part du postulat que ce qui a été décidé il y a 9 jours ne fonctionnepas. Je pense que c'est une erreur : il faut absolument que ces mesures-là soient appliquées avant que d'autres mesures, qui sont plutôt des mesures mille-feuilles et donc, des mesures complémentaires, soient ajoutées", estime Yves Coppieters. Selon lui, la réduction des contacts ainsi que l'application des gestes barrières restent la clé dans la lutte contre l'épidémie. Les mesures sur la table du Codeco ne pourront pas, à elles seules, arrêter totalement la circulation du virus. Mais l'expert en santé publique ne prêche pas pour autant en la faveur d'un confinement de la population. "Je prône l'adhésion complèteaux mesures décidées il y a 9 jours, qui sont les plus importantes. Et bien sûr, l'adhésion aux mesures qui seront prises aujourd'hui, cela fait partie de la vie publique. Mais ce sont ces mesures-là qui étaient les plus importantes", insiste-t-il.

Ce nouveau Codeco, réuni en urgence, envoie-t-il un mauvais message à la population belge ? "Il risque d'entraîner la confusion. J'ai l'impression que le capitaine sur le bateau n'existe plus. Ce qu'il fallait, c'est que le Premier ministre ait un message rassurant, garantisse que les mesures qui ont été prises soient suffisanteset surtout travaille sur l'adhésion à ces mesures. C'est le plus important", estime Yves Coppieters. L'expert déplore la pression exercée sur Alexander De Croo de la part des politiques et des experts. "Je pense que chacun doit faire son examen de conscience, et la population aussi".

Le record absolu de contaminations a été atteint ce lundi, avec plus de 23 000 cas détectés. "Les projections prévoient une arrivée au pic de cette vague à la fin du mois de novembre, voire au début du mois de décembre. On n'y est pas encore", analyse l'expert. "On est dans une situation compliquée. Mais elle n'est pas due uniquement aux contaminations. Elle est due à un système de santé épuisé", rappelle Yves Coppieters, selon qui les politiques n'intègrent pas dans leur gestion de la situation la temporalité longue de cette crise. "La temporalité longue, c'est comprendre qu'il faut travailler sur les soins de santé, il faut investir dans le structurel parce que la crise va durer dans le temps".

La 3e dose, "une priorité"

Le professeur de santé publique a également insisté sur l'importance de la troisième dose, qu'il considère être une priorité. Celle-ci doit, selon lui, concerner les personnes vaccinées il y a 6 mois et les personnes qui ont un risque plus élevé de voir leur immunité diminuer (comme les personnes de plus de 60 ans ou immunodéprimées), ou des personnes qui ont des facteurs de risques. "Il ne faut pas croire que l'adhésion à cette 3e dose sera automatique", avertit cependant Yves Coppieters. "Il y a de la pédagogie. Il faut expliquer l'importance de la 3e dose. Il faut rassurer celles et ceux qui ont eu des réactions atypiques à leur première dose, parce que ça concerne quand même pas mal de gens".