Quand les conflits entre collocs rendent la vie impossible: "Psychologiquement, j'étais à bout"

Il existe des conseils à appliquer pour éviter les conflits. Toutefois, quand les choses dégénèrent trop, il ne reste généralement plus qu'une seule solution : partir.

Quand les conflits entre collocs rendent la vie impossible: "Psychologiquement, j'étais à bout"
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Vivre en collocation peut être une manière formidable de rencontrer de nouvelles personnes ou de vivre entre amis. Mais elle peut aussi se révéler être un véritable calvaire quand les choses se passent mal.

"L'un de nos cokotteurs était particulièrement irrespectueux. Il faisait du bruit lorsqu'il rentrait de soirée et réveillait tout le monde. En plus de ça, il ne participait pas du tout aux tâches ménagères. Du coup, un jour, on l'a confronté avec les autres cokotteurs. Comme il ne comprenait toujours pas, on s'est mis à aussi faire du bruit quand il dormait. Il a fini par comprendre et s'est calmé. Il ne participe toujours pas beaucoup aux tâches ménagères mais au moins on est plus tranquille", raconte Sylvia, une étudiante.

"Il nous arrive fréquemment de nous disputer à la colloc car nous n'avons pas du tout la même vision des choses", explique Audrey, une jeune femme de 24 ans qui vit avec d'autres personnes du même âge. "Politiquement, je me rends compte que je ne pense pas du tout comme eux. Du coup, pour éviter que ça dégénère, on évite simplement de parler des sujets à conflits mais, parfois, c'est compliqué."

"Ils invitent souvent des personnes au kot le soir alors que, moi, je révise toujours. Je ne peux pas aller en bibliothèque lorsqu'il est tard donc je dois mettre un casque pour ne pas les entendre mais je les entends quand même. Je me fiche qu'ils fassent ça le reste de l'année mais en période d'examens j'aimerais qu'ils fassent un effort. Quand je leur fais la remarque, ils baissent le son pendant 5 minutes puis se remettent à parler aussi fort qu'avant. C'est vraiment dérangeant", nous explique un étudiant qui tient à rester anonyme.

Que faire pour éviter les conflits?

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Magali Thonon, psychologue au service d'aides aux étudiants de l'ULiège, donne quelques conseils pour gérer les conflits mineurs dans une colloc. Pour que les choses se passent bien, surtout quand on ne connait pas ses cokotteurs, il est important de discuter des règles dès le départ. "Les jeunes peuvent établir une sorte de règlement interne à la colloc. Les points les plus importants sur lesquels ils doivent se mettre d'accord sont entre autres le ménage, les courses, les finances, les activités au sein du kot et les visites de membres extérieurs au kot." Mettre des règles en place dès le début permet d'apporter une vision commune à tous les membres du kot et de "trancher" en cas de conflit. "Bien sûr, il ne faut pas que les choses soient trop strictes, afin de laisser à chacun une part de liberté."

Si, malgré tout, les choses ne se passent pas bien et que l'un des membres de la colloc fait des choses que vous ne supportez plus, il est important de le dire assez vite. "Laisser les rancoeurs s'accumuler est la pire des choses", poursuit-elle. L'idée n'est pas de faire des reproches dès le premier faux-pas, mais plutôt d'attendre de voir si le comportement problématique se répète sur la durée. Dans ce cas-là, il faut en parler lorsque vous êtes calme. "Si vous ne dites rien pendant des mois et que vous explosez un beau jour en lui reprochant des dizaines de choses d'un coup, cela va être contre-productif."

Si vous êtes la personne à qui l'on fait des reproches et que vous voulez que tout se passe bien, il est important de se remettre en question. "Même si on n'est pas d'accord avec la personne, il faut apprendre à écouter et être ouvert au dialogue", conseille-t-elle. Un acte sans importance pour vous va peut-être provoquer de l'énervement chez votre colloc. Si tout le monde est positif, une solution intermédiaire pourra être trouvée afin de contenter la collectivité. La vie en communauté, c'est cela aussi : apprendre à mettre de l'eau dans son vin.

Que faire quand les choses dégénèrent?

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Lorsque les manières de vivre sont trop différentes ou que certains tentent d'imposer leur loi, il peut arriver que toute entente soit tout simplement impossible. Certaines personnes que nous avons interrogées avouent avoir vécu un "véritable enfer". "Mes collocs étaient invivables. Quand je leur reprochais des choses, ils se mettaient tous contre moi, m'insultaient, me menaçaient. Plus je leur reprochais des choses, plus ils les faisaient, juste pour me rendre folle. Ils n'avaient aucun respect", raconte une étudiante qui a tenu à rester anonyme. Encore très marquée par cette cohabitation dont elle a finalement pu sortir, elle est toujours effrayée à l'idée de retomber par hasard sur ses anciens collocs.

Vous ne le savez peut-être pas, mais les étudiants qui font face à un conflit qu'ils ne peuvent pas résoudre seuls peuvent toujours demander de l'aide à leur établissement scolaire. S'ils vivent dans un logement mis à disposition par l'université, celle-ci sera en mesure de proposer des solutions. Cela peut aller de la médiation à un changement de chambre, s'il reste de la place dans une autre. "Personnellement, je n'ai pas voulu faire de médiation, parce que mes collocs n'étaient pas dans une optique où ils voulaient que les choses s'arrangent", explique l'étudiante. "Comme j'avais des preuves, je les ai menacés d'aller voir la police et ça les a calmés en attendant que je trouve autre chose." Les jeunes qui ne sont plus étudiants peuvent également se tourner vers une médiation externe mais, généralement, ils préfèrent passer cette étape, qu'ils jugent peu utile.

Lorsque les choses s'aggravent vraiment, certains n'hésitent toutefois pas à porter plainte à la police. En cas de menace verbale de nature à inspirer la peur et/ou de menace physique, le jeune peut bien entendu porter plainte. Toutefois, beaucoup ne le font pas de peur d'aggraver les choses. "J'ai supporté les insultes, les vols d'affaires, les menaces verbales et physiques, puis je suis partie dès que j'en ai eu l'occasion", raconte Lucy, 25 ans.

Lorsque la situation dégénère à ce point, il ne reste de toute façon plus qu'une seule solution : partir. "Je savais que j'étais dans mon droit, mais je suis partie quand même. Psychologiquement, j'étais à bout", nous explique une ancienne étudiante qui s'est retrouvée dans une colloc impossible à vivre alors qu'elle était en dernière année. "Je me suis retrouvée SDF si je peux dire. Heureusement, l'université a pu me trouver un logement d'urgence", poursuit-elle. Une autre avoue avoir "mordu sur sa chique" et essayé de faire expulser son colloc pendant des mois, sans succès. "Rien n'a marché donc je suis partie." "J'ai préféré déménager à 1h45 de mon boulot, le temps de me retourner", appuie encore une autre.

Si certains avouent avoir retrouvé une colloc dans laquelle tout se passe beaucoup mieux, d'autres, échaudés, ont préféré retourner vivre dans leur famille le temps de digérer cette mauvaise expérience.