Ces étudiants belges ont fait leur Erasmus en Flandre: "C'était une expérience formidable"

Tout le monde ne le sait peut-être pas, mais partir en Erasmus dans son propre pays est toujours à fait possible. Et cela comporte beaucoup d'avantages !

Ces étudiants belges ont fait leur Erasmus en Flandre: "C'était une expérience formidable"
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Lorsque les étudiants parlent de faire un "Erasmus", ils veulent pour la plupart vivre une expérience inédite dans un pays étranger (et de préférence lointain). Pourtant, il est tout à fait possible de faire un Erasmus dans son propre pays, c'est ce que l'on appelle l'Erasmus Belgica.

"Quand j'ai dit à mes proches que je partais quelques mois à la KU Leuven, certains m'ont dit que je ne faisais pas un vrai Erasmus", déplore Céleste, étudiante en Master 1 de bioingénieur à l'UCLouvain. Pourtant, l'étudiante, comme les autres que nous avons interrogées, est sortie enrichie de cette expérience belgo-belge. Non seulement, ces jeunes ont pu améliorer leur néerlandais mais, en plus, ils ont ressenti moins de stress que s'ils étaient partis dans un pays plus lointain.

"Personnellement, je n'avais pas forcément envie de partir loin", nous raconte Chloé, une étudiante qui était en BAC3 en langues germaniques à l'UNamur au moment de son départ, l'année dernière. "Comme je n'avais jamais vécu en kot, avoir mon propre logement dans une ville que je ne connaissais pas était déjà une étape pour moi." Céleste, elle, ne voulait pas s'embêter avec des démarches administratives. "En restant en Belgique, j'ai pu vraiment me concentrer sur l'apprentissage de la langue. C'était une charge mentale en moins pour moi."

Un succès en demi-teinte

Mis en place en 2008, le programme Erasmus Belgica attire chaque année des centaines d'étudiants désireux d'apprendre ou de faire leur stage dans une autre Communauté de Belgique. En 2019-2020, 272 étudiants de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont ainsi tenté l'expérience, selon les chiffres d'AEF-Europe, l'organisme en charge des Erasmus dans cette partie du pays. Même si l'on rajoute les étudiants flamands, généralement moins nombreux à opter pour la Belgique, et les quelques étudiants de la Communauté germanophone, le total des "Belgica" reste faible comparé aux milliers d'étudiants belges qui partent chaque année en Erasmus à l'étranger. En 2019-2020 ils étaient9.409 étudiants au total(toutes Communautés confondues).

Fanny Lutz, la directrice d'AEF-Europe, regrette que ce programme belgo-belge ne connaisse pas plus de succès. Ces dernières années, les chiffres ont en effet eu tendance à stagner, voire à diminuer. Mais elle se veut optimiste. "Une refonte est à l'étude afin de proposer une plus grande diversité de mobilités, plus courtes par exemple", nous explique-t-elle. "La crise sanitaire a également fait augmenter la participation à ce programme." Si les chiffres de 2020-2021 ne sont pas encore connus, l'organisme peut déjà révéler que les établissements supérieurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont introduit une demande pour 1976 mois de mobilité dans une autre Communauté de Belgique, contre 1907 pour 2020. "Cela représente donc une augmentation de 3,6%."

Le néerlandais, principal attrait

Quand on demande aux étudiants pourquoi ils ont opté pour la Belgique, la réponse est toujours la même : le néerlandais. "J'aurais pu aller aux Pays-Bas", reconnaît Margaux, qui est partie à Anvers il y a deux ans. "Mais je n'aimais pas trop l'accent. J'ai donc préféré aller en Flandre." Et une chose est sûre : elle est ressortie totalement conquise de cette expérience. A tel point qu'elle compte faire un Master en sciences politiques à Louvain dès qu'elle aura obtenu son diplôme de communication multilingue de l'UCLouvain. "Je parlais déjà bien néerlandais avant de partir mais j'ai vu une grosse différence au retour. Et j'ai envie de progresser encore." Chloé et Céleste ont, elles aussi, constaté de beaux progrès.

Mais, pour progresser au mieux, il y a comme partout des pièges à éviter. Par exemple: ne pas rester qu'entre étudiants internationaux. "Puisque je voulais améliorer à la fois mon anglais et mon néerlandais, j'ai trouvé le bon compromis. Je parlais néerlandais durant les cours, et anglais en dehors, avec les autres Erasmus", explique Céleste. Mais le danger est de ne finir par parler que anglais avec les autres étudiants, sans pratiquer la langue que l'on est venu apprendre. D'autant qu'en Belgique : un autre problème se pose. "Les étudiants flamands ont globalement un bon niveau de français. Généralement, leur français était meilleur que mon néerlandais donc quand ils voyaient que je galérais, ils bifurquaient rapidement vers le français", se souvient Chloé. "Je devais toujours leur dire que je voulais progresser. Mais, du coup, ils ne m'ont pas toujours aidée."

Ces étudiants belges ont fait leur Erasmus en Flandre: "C'était une expérience formidable"
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Margaux, elle, n'a pas hésité à faire une multitude d'activités en dehors des cours pour rencontrer le plus de Flamands possibles. "En cours, les étudiants se connaissaient déjà tous. Ils parlaient entre eux et c'était parfois dur de s'intégrer", reconnaît-elle. Elle a donc souvent participé aux activités organisées par les cercles étudiants et par l'université. "J'ai aussi fait beaucoup de bénévolat, beaucoup de sport. Je me suis inscrite à des activités où je pouvais aller chez un Anversois une fois par semaine pour discuter et il me corrigeait. Il faut parfois forcer le cours des choses pour vraiment pratiquer la langue." Heureusement, trouver des sujets de conversation avec des jeunes avec qui on partage des choses est souvent plus facile. "Quand je racontais des anecdotes, ils voyaient très bien les villes dont je parlais. Mine de rien, ça aide pour le contact", explique encore Chloé. "Même si la culture est un peu différente, on avait un bagage commun et c'était pratique pour lancer une discussion."

Le revers de la médaille

Faire son Erasmus en Belgique comporte de nombreux avantages, mais aussi quelques inconvénients dont il faut être conscient. Comme il est très facile de rentrer chez soi, la tentation peut être forte d'y retourner un peu trop souvent. "Si on a un événement important dans sa famille, on peut facilement rentrer pour y participer", admet Céleste. Chloé quant à elle a fait le choix de rentrer chez elle tous les week-ends. Mais, en semaine, elle se remettait à 100% dans l'expérience Erasmus. "C'était parfois dur de rencontrer des gens", reconnaît-elle. "Le Covid n'a pas aidé."

Par ailleurs, les bourses ne sont pas très élevées pour ces programmes, note Fanny Lutz, la directrice d'AEF-Europe. L'étudiant reçoit un forfait de 100 euros pour son séjour, ainsi qu'un versement de 100 euros par mois s'il peut prouver qu'il loge sur place. "Lorsque l’étudiant doit louer un kot en Flandre alors qu'il vivait auparavant chez ses parents, les frais sont plus élevés et il devrait pouvoir bénéficier d’un soutien financier plus important", note-t-elle. Malgré tout, les étudiantes que nous avons interrogées ne se plaignent pas du coût de la vie, étant donné qu'elles le connaissaient déjà très bien avant de partir.

Même s'il y a quelques petits défauts, l'Erasmus Belgica reste, selon elles, une très belle expérience. "C'est une expérience formidable, que je recommande à 100%", commente Margaux. Et quoi que certains en pensent, il s'agit d'un Erasmus à part entière puisqu'il permet de s'immerger totalement dans un nouveau lieu et d'en apprendre la langue. "Cela m'a aussi permis d'apprendre à me débrouiller seule et de dépasser mes limites", conclut Chloé. N'est-ce pas cela aussi la définition d'un Erasmus réussi?