L'imam Toujgani est interdit d'accès au territoire belge

Le Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Sammy Mahdi (CD&V) a retiré en octobre dernier le permis de séjour de Mohamed Toujgani, imam principal de la mosquée Al Khalil à Molenbeek, la plus grande mosquée de Belgique, indique VRT NWS ce jeudi.

Sammy Mahdi (CD&V) avait voulu jouer la discrétion, mais les journalistes de la VRT l’ont forcé à sortir l’information. Dans un communiqué envoyé jeudi matin, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration indiquait avoir retiré le titre de séjour à l’imam Mohamed Toujgani, prédicateur à la mosquée Al-Khalil de Molenbeek.

La décision n'est pas nouvelle : elle avait été prise le 12 octobre 2021 à la suite d'un rapport de la Sûreté de l'État qui mentionnait "des signes d'un grave danger pour la sécurité nationale". "Ces rapports demeurent confidentiels, mais je peux dire que ces menaces concernent l'extrémisme et l'ingérence", a précisé le secrétaire d'État jeudi après-midi devant le Parlement. "Par le passé, nous avons donné trop de marge de manœuvre aux prédicateurs radicaux. Avec cette décision, nous faisons la différence et donnons un signal clair : nous ne tolérerons pas ceux qui divisent et menacent notre sécurité nationale", ajoutait M. Mahdi.

Un islam ultra-conservateur

Mohammed Toujgani était en Belgique depuis le début des années 1980 et avait toujours conservé la nationalité marocaine. Malgré ses nombreuses années passées en Belgique, il ne maîtrisait ni le néerlandais ni le français. Personnalité influente, il était le premier imam de la plus grande mosquée du pays, la mosquée Al-Khalil (qui rassemble jusqu’à 3 500 fidèles). Précisons que l’établissement n’est pas reconnu par la Région bruxelloise.

L’imam était connu pour son islam très conservateur, dans la tradition du rite sunnite malékite. Mohamed Toujgani avait créé la polémique il y a quelques années à la suite de la révélation d’une vidéo d’un de ses prêches datée de 2009. Il y appelait ses fidèles à "brûler les sionistes oppresseurs", à la suite des bombardements israéliens sur la bande de Gaza.

On le dit proche de Salah Echallaoui, l’ancien président de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), mais aussi des autorités marocaines. Il semblerait que Mohamed Toujgani soit actuellement au Maroc. Outre le refus de son permis de séjour, il ne peut plus accéder au territoire belge pour une période de dix ans.

Un recours uniquement pour force majeure

Ce n’est pas la première fois que le secrétaire d’État refuse le renouvellement d’un titre de séjour à un imam. En janvier 2021, un imam turc d’une mosquée flamande s’était heurté au refus de l’Office des étrangers à cause de propos homophobes.

En 2017 (le N-VA Théo Francken était alors en poste), c’est l’imam de la Grande Mosquée de Bruxelles, Abdelhadi Sewif, qui avait reçu un ordre de quitter le territoire. En appel, les juges avaient cependant cassé la décision.

Dans le cas de M. Toujgani, un recours semble complexe car le délai d’appel est expiré. Son avocat a toutefois indiqué son intention de s’opposer à la décision pour des raisons de force majeure.

Dans la communauté musulmane, certains se montrent stupéfaits de cette décision. "Il y a cinq ans, le ministre de la Justice d'alors, Koen Geens (CD&V), faisait des courbettes à M. Toujgani lors de la rupture du jeûne à la mosquée, alors que ses positions étaient connues. La décision prise par Sammy Mahdi (CD&V lui aussi) lance un signal fort à la communauté. On passe d'un extrême à l'autre", souligne un observateur très éloigné des positions de l'ancien imam.