La Belgique rapatrie de Syrie 6 femmes et 16 enfants de djihadistes présumés

La Belgique a rapatrié d'un camp du Nord-Est syrien sous contrôle kurde 16 enfants de jihadistes et six mères, tous de nationalité belge, la plus grosse exfiltration organisée par ce pays depuis la défaite du groupe Etat islamique (EI) en Syrie en 2019.

La Belgique rapatrie de Syrie 6 femmes et 16 enfants de djihadistes présumés
©AFP

Cette opération conjointe de la police, de la Défense et des Affaires étrangères a été annoncée par le parquet fédéral mardi matin, une fois l'avion militaire belge posé à la base aérienne de Melsbroek, près de Bruxelles et les rapatriés mis en sécurité.

L'administration kurde du Nord-Est de la Syrie a confirmé qu'elle avait remis dimanche à une délégation belge 16 enfants et six femmes, tous proches de combattants de l'EI.

Selon une source proche du dossier, ces 22 Belges sont montés dans l'avion à Erbil (Irak) après avoir franchi par la route la frontière syro-irakienne.

Tous résidaient au camp de Roj, d'où avaient déjà été exfiltrés en juillet 2021 dix enfants et leurs six mères lors d'une première opération d'ampleur pilotée par le gouvernement belge.

Les 16 mineurs rapatriés ont 12 ans ou moins, "ils sont nés entre 2010 et 2019", a précisé lors d'une conférence de presse le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw.

A leur arrivée, ils ont été emmenés à l'hôpital pour subir des examens avant d'être confiés aux services de protection de la jeunesse.

Quant aux six mères, des combattantes déjà condamnées en Belgique à "des peines allant jusqu'à cinq ans de prison", elles ont été écrouées.

Ce rapatriement relève d'"une décision politique (...), basée sur l'intérêt supérieur de l'enfant", a expliqué M. Van Leeuw.

En mars 2021, au lendemain d'un feu vert des services antiterroristes, le Premier ministre belge, le libéral flamand Alexander De Croo, avait promis de "tout faire" pour rapatrier de ces camps les enfants de moins de 12 ans dont la filiation belge aura été prouvée par une analyse ADN.

Conditions de vie "épouvantables"

Pour les mères, outre le critère de la nationalité, il fallait aussi, pour bénéficier d'un retour, qu'elles aient exprimé "des regrets" et renoncé à l'idéologie jihadiste, ont précisé mardi les autorités belges.

En plus des combattants belges encore emprisonnés dans la région --"10 à 15 hommes" selon le parquet fédéral--, "il reste quelques femmes et quelques enfants" dans les camps syriens contrôlés par les forces kurdes. Encore "cinq enfants belges" d'après le Délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos.

La Belgique compte avec la France parmi les pays européens ayant vu partir le plus grand nombre de combattants après le déclenchement de la guerre en Syrie en 2011.

A partir de 2012, plus de 400 Belges ont rallié les rangs des organisations jihadistes.

Et depuis la chute de l'EI en Syrie dans son dernier fief de Baghouz (Est), en mars 2019, des centaines de femmes et d'enfants de toutes nationalités ont été conduits dans ces camps de rétention kurdes tandis que les hommes étaient emprisonnés.

Contrairement à la Belgique ou à l'Allemagne,la France maintient une politique décriée de retours au compte-gouttes, alors que les conditions de vie sur place sont "épouvantables" selon l'ONU.

Un Collectif des familles unies appelle régulièrement le président français Emmanuel Macron à rapatrier les enfants "prisonniers de Syrie" au nom des "engagements internationaux" de la France, notamment la Convention internationale des droits de l'enfant dont elle est signataire.

Le collectif regroupe une bonne partie des familles des quelque 80 femmes de jihadistes et 200 enfants français qui seraient encore retenus à Roj.

Depuis 2016, 126 enfants français sont revenus de Syrie ou d'Irak, la plupart en bas âge.

Le 14 décembre 2021, une Française de 28 ans, diabétique, est morte, laissant orpheline une fillette de 6 ans.