Le parcours semé d'embûches d'Isala Van Diest pour entrer à l'université et devenir médecin en Belgique

Dans notre série "Les étudiants qui ont marqué l'Histoire", nous allons vous raconter comment des hommes et des femmes sont devenus célèbres et ont impacté l'histoire alors qu'ils étaient encore étudiants. Pour ce troisième numéro, "La Libre Etudiant" s'est intéressée à Isala Van Diest.

Le parcours semé d'embûches d'Isala Van Diest pour entrer à l'université et devenir médecin en Belgique
©dr

Isala Van Diest est l'une des premières femmes universitaires belges et la première femme médecin à exercer dans notre pays. Comme toutes les femmes désireuses de faire des études supérieures à la fin du XIXème siècle, son combat a été long et semé d'embûches. Elle est toutefois parvenue à ses fins et est aujourd'hui toujours célèbre pour son engagement féministe. Retour sur son histoire.

Une entrée compliquée à l'université

Isala Van Diest naît à Louvain, en 1842, dans une famille bourgeoise. Ses parents, très ouverts d'esprit, ont à cœur d'offrir à tous leurs enfants la même éducation. Isala Van Diest part donc à Berne (Suisse) afin de suivre un enseignement secondaire de qualité. À son retour au pays, la jeune femme, qui souhaite devenir médecin comme son père, fait sa demande d'entrée à l'université. Mais à l'époque, cette profession n'est pas accessible aux femmes. Elle se heurte donc au refus du recteur de l'Université Catholique de Louvain. Ce dernier lui propose à la place de devenir sage-femme.

"Dans les années 1870, les femmes ne peuvent toujours pas suivre des études universitaires en Belgique", rappelle Valérie Piette, professeure d'Histoire à l'ULB. "La première université à s'ouvrir aux femmes sera l'ULB, en 1880."

Encore un peu trop en avance sur son temps, Isala Van Diest retourne en Suisse afin de poursuivre les études de ses rêves. Là-bas, les femmes peuvent déjà suivre des cours à l'université depuis quelques années. Elle obtient son diplôme de médecine en 1879. Après avoir exercé pendant deux ans en Suisse, elle rentre en Belgique.

Le parcours semé d'embûches d'Isala Van Diest pour entrer à l'université et devenir médecin en Belgique
©wikipedia creative commons

Une fois de retour, les ennuis recommencent : on lui demande de suivre des cours complémentaires afin de faire reconnaître son diplôme. Puisque l'ULB est maintenant ouverte aux femmes, elle va être l'une des premières étudiantes à y entrer, avec Louise et Marie Popelin notamment.

Après cela, il faudra encore un arrêté royal, publié en 1884, pour lui donner l'autorisation d'ouvrir son propre cabinet à Bruxelles. Ce n'est qu'à l'âge de 42 ans qu'Isala Van Diest complète enfin toutes les démarches pour exercer en Belgique. Mais les choses ne sont pas gagnées pour autant...

Le combat d'une vie

"Elle installe son cabinet à Bruxelles mais sa clientèle est relativement rare", explique Valérie Piette. Les hommes voient encore d'un mauvais œil le fait de se faire soigner par une femme. "Sa clientèle est donc majoritairement anglo-saxonne. Non seulement elle parle anglais grâce à sa mère mais, en plus, les Anglo-saxons ont moins de problèmes à se faire soigner par une femme puisque c'est déjà possible dans leur pays depuis plus longtemps."

Loin de se laisser décourager, Isala Van Diest va poursuivre sa carrière et s'engager pour des causes qui lui tiennent à cœur. Elle va s'occuper des prostituées atteintes de la syphilis et elle va prendre la tête d'un refuge pour femmes défavorisées. Elle va également rejoindre la Ligue belge des droits des femmes à sa création.

En mémoire de son combat, plusieurs rues portent aujourd'hui son nom en Belgique, ainsi qu'un des auditoires de la faculté de médecine de l'ULB.

Les femmes et l'université en Belgique

"Avant que les universités s'ouvrent aux femmes, les plus hautes études qu'elles pouvaient entreprendre étaient institutrice", rappelle Valérie Piette. "Les premières femmes à entrer à l'université sont donc souvent des trentenaires et quarantenaires issues de familles sans garçon ou, comme dans le cas d'Isala Van Diest, où le garçon de la famille est mort. Les pères, qui veulent transmettre leur affaire, deviennent féministes et poussent leur fille à faire des études. Même si les réticences seront grandes, les premières études à s'ouvrir aux femmes sont la pharmacie et la médecine. Pour les sciences humaines, il faudra attendre un peu plus longtemps", souligne l'experte.

Notons également que les premières femmes à aller à l'université sont les membres de la bourgeoisie ou de la petite bourgeoisie, ce qui est également le cas pour les hommes. "Il faudra attendre les années 70-80, avec les systèmes de bourses, pour voir peu à peu un autre monde arriver à l'université", conclut la professeure.