Effectifs insuffisants et manque de moyens, la police aéronautique belge craint pour son avenir

La police aéronautique souffre d'un sous-effectif, a expliqué mardi son directeur, Simon De Block, devant la commission de l'Intérieur de la Chambre. Elle devrait disposer de 808 agents mais n'en compte aujourd'hui que 677. Le policier n'a pas caché ses "craintes pour l'avenir".

La direction de la police aéronautique est inquiète
La direction de la police aéronautique est inquiète ©BELGA

Le problème est le plus criant dans les deux aéroports passagers, soit Bruxelles National et Gosselies. A Zaventem, le nombre d'agents s'élève à 398 alors qu'il devrait être de 533. A Charleroi, il s'élève à 172 mais au vu de l'évolution de l'aéroport, il faudrait 295 agents. "Je serai heureux si nous pouvons remplir le cadre théorique. Il ne faut pas me promettre 1.000 agents. Si nous atteignons les 808 personnes, je serai content", a assuré le directeur. Quant au nombre de véhicules dont dispose la "LPA", il est de 72, soit une voiture pour 9,4 personnes.

Cette situation n'est pas sans poser de problème organisationnel. Récemment, il a été demandé à chaque division de la police de gérer ses moyens "en bon père de famille". Le directeur de la LPA a procédé à des ajustements à Ostende et Bierset puisque de nuit, ils n'accueillent pas ou peu de vols hors Schengen. "La situation budgétaire est tellement catastrophique à la police fédérale qu'il faut agir rapidement", a souligné M. De Block. La mesure a toutefois provoqué des actions du personnel à Liège et a été suspendue dans l'attente d'une concertation.

Le recrutement est particulièrement difficile pour ce qui concerne Bruxelles-National, a confié le directeur. Vu sa position centrale, le site est parfois difficile d'accès pour les policiers et certains d'entre eux, pourtant de qualité, s'en vont. Des efforts sont faits. "Mais je n'ai pas de baguette magique. La position centrale entraîne des temps de trajet importants. Quand vous avez quatre heures par jour sur la route plus, en théorie, 7 heures 36 de prestation, ça fait des longues journées".

Le patron de la LPA a confirmé les problèmes qui se posaient avec les e-gates à Bruxelles National. "Ils n'ont jamais bien fonctionné et je suis assez perplexe sur le fait qu'ils fonctionnent un jour correctement", a-t-il dit. "J'espère que les nouveaux e-gates qui seront acquis fonctionneront mieux".

Certaines tâches sont déjà sous-traitées au secteur public comme le scan des bagages. Aux yeux du directeur de la LPA, la solution ne semble toutefois extensible à d'autres volets du contrôle. "Nous avons fait l'exercice pour les contrôles aux frontières. Nous sommes partis d'une page blanche et nous sommes arrivés au profil d'un inspecteur de police", a-t-il fait remarquer. L'analyse n'est pas plus positive pour les procédures d'éloignement de demandeurs déboutés. M. De Block a rappelé la récente grève du personnel privé de sécurité à l'aéroport de Charleroi. "Les droits de l'homme sont centraux chez nous. C'est un choix politique. Sous-traiter paraît une chose facile mais peut-on réquisitionner les gens si une grève éclate? C'est une grande différence avec des fonctionnaires de police et les fonctionnaires en général".

La LPA a été mise sous les projecteurs avec l'affaire Chovanec, du nom de cet homme d'affaires décédé en 2018 après un passage en cellule à l'aéroport de Charleroi. Le comité P avait pointé un problème d'intégrité et de leadership au sein de cette division de la police. Un certain nombre d'initiatives ont été prises depuis que l'affaire l'affaire a éclaté, en 2020, notamment un plan de formation au syndrome de délire agité (EDS) dont aurait souffert M. Chovanec. La première partie a déjà été suivie par près de trois quarts des agents et la deuxième, qui vient de commencer, par 10%.

Dans ce dossier, il était apparu que la direction de la LPA de l'époque, mise sur le côté depuis lors, n'avait pas communiqué vers sa hiérarchie. Il existe toujours une "culture insulaire" au sein de la police aéronautique mais la direction actuelle y travaille et toutes les pistes qui permettent une meilleure coopération sont explorées.