Surmortalité record cet été en Belgique: Sciensano en révèle les deux causes principales

L’été 2022 fut chaud, très chaud même au point d’avoir nécessité à quatre reprises l’activation de la phase d’avertissement du plan chaleur. A présent, l’heure est au bilan. Et il n’est guère réjouissant.

Surmortalité record cet été en raison de la chaleur et du Covid-19
Surmortalité record cet été en raison de la chaleur et du Covid-19 ©EdA Mathieu Golinvaux

L’Institut de santé publique Sciensano a publié, mercredi, son rapport sur la (sur)mortalité pendant l’été 2022. Il en ressort que cette période - particulièrement marquée par les fortes chaleurs - a connu, toutes causes confondues, la plus importante surmortalité estivale de ces 20 dernières années ! Sachant que l’on se base sur les décès des années précédentes pour estimer ceux de la période similaire suivante, cela représente 2291 décès de plus que prévu par la modélisation (sur un total de 42 383), soit 5,7 % de plus par rapport aux prédictions de Be-MOMO (Belgian Mortality Monitoring), contre 3,5% en 2021 et 4,3% en 2020. Il s’agit d’un résultat qui est proche de celui des deux semaines extrêmes que l’on a connues en août 2003.

Quatre pics de décès

Alors qu’elle n’avait été activée qu’une seule fois en 2021 et deux fois en 2020, la phase d’avertissement du plan forte chaleur et pics d’ozone – mis en place après la canicule de 2003 qui avait coûté la vie à 45 000 personnes en Europe – a donc été activée à quatre reprises cet été (du 15 au 18 juin, du 14 au 20 juillet, du 6 au 17 août et du 22 au 26 août). Avec 318 décès, un pic a été atteint le 18 juin. Un autre pic a été enregistré le 19 juillet, avec 323 décès, soit un excès de mortalité de 13,4 %. Le 14 août, un troisième pic a été observé, avec 327 décès ce jour-là. Et le 25 août fut le jour du 4e pic (324 décès). Signalons qu’une vague de chaleur a en outre été constatée durant la troisième phase, soit des températures maximales supérieures à 25 degrés pendant cinq jours consécutifs avec au moins trois jours à plus de 30 degrés.

Pas de lien de causalité établi

“Bien que Sciensano n’établit pas de lien de causalité via le BMM, la coïncidence entre la surmortalité et des pics de chaleur et d’ozone est un constat récurrent, peut-on lire dans le rapport, qui détaille les données. Les facteurs de risques météorologiques et environnementaux ont été plus nombreux et intenses que lors des deux étés précédents. Nous avons eu 42 jours de dépassements du seuil d’ozone (>100 µg/m3, moyenne maximale sur 8 heures), contre 17 en 2021 et 34 en 2020. Si nous considérons les Tmax, nous avons eu 45 jours avec des Tmax supérieures à 25°C, contre 18 en 2021, et 32 en 2020. Il y a eu 13 jours avec des températures supérieures à 30°C, contre aucun en 2021 et 12 jours en 2020."

Des victimes du Covid aussi

Si les fortes chaleurs expliquent en bonne partie cette surmortalité, le Covid-19 y a également participé, avec 1 098 décès comptabilisés au cours de l’été.

Quant aux personnes ayant succombé cet été, on note dans les trois régions du pays une surmortalité particulièrement importante chez les femmes à partir de 85 ans (14,1 % d’excès de mortalité), soit 1436 décès supplémentaires dans ce groupe d’âge (contre seulement 95 en 2021). A contrario, avec seulement 350 décès supplémentaires (1,8 % d’excès de mortalité), la surmortalité s’est avérée cet été nettement plus faible chez les hommes âgés entre 65 et 84 ans.

Quoi qu’il en soit, ne disposant pas encore des causes de décès spécifiques, Sciensano insiste sur le fait qu’“il n’est pas possible (NdlR : à l’heure actuelle) d’identifier la chaleur comme la cause prouvée de la surmortalité”. Même si les pics de décès indiquent un certain lien voire un lien certain.