"Avec la libération d'Olivier Vandecasteele, on encourage l'Iran à mener des activités extérieures en toute impunité"

Le docteur en relations internationales Thierry Kellner a réagi à la libération d'Olivier Vandecasteele.

Illustration picture shows a large banner for humanitarian aid worker Olivier Vandecasteele who is in prison in Iran, outside, during a plenary session of the parliament of the Federation Wallonie-Bruxelles (Federation Wallonia Brussels - Federatie Wallonie Brussel) in Brussels, Wednesday 08 February 2023. 
BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ
Le docteur en relations internationales Thierry Kellner a réagi à la libération d'Olivier Vandecasteele.

La "diplomatie des otages", stratégie mise en place par l'Iran afin de permettre la libération d'Iraniens dans d'autres pays, a une nouvelle fois été mise en oeuvre dans le cadre de la libération d'Olivier Vandecasteele, note le docteur en relations internationales, maître de conférence à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et auteur de plusieurs livres sur l'Iran Thierry Kellner

Le professeur, spécialiste de la Chine et du Moyen-Orient, confie se "réjouir" de la libération d'Olivier Vandecasteele et salue "le travail que ses proches ont mené", mais il s'interroge: "Il est évidemment insupportable de voir des personnes innocentes en prison. Mais tout le problème réside dans les conditions de cette négociation. Olivier Vandecasteele est libéré, mais à quel prix ? L'Iran souhaitait avant tout obtenir la libération d'un Iranien, condamné pour la préparation d'un attentat terroriste déjoué à temps. La Belgique crée, de ce fait, une forme de précédent. Avec cette décision, on encourage l'Iran à mener des activités extérieures en toute impunité, et les Iraniens savent qu'ils peuvent être libérés après négociations".

La Belgique n'est toutefois pas le premier État à négocier avec l'Iran pour libérer un ressortissant de son pays. "L'Iran a fait de la diplomatie des otages un instrument récurrent de sa stratégie", indique Thierry Kellner. "Cela a commencé dès la Révolution islamique de 1979, dès la mise en œuvre du nouveau régime. Depuis lors, une cinquantaine de personnes ont été arrêtées et servi de monnaie d'échange avec l'Iran".

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Selon le docteur en relations internationales, cette pratique est surtout utilisée à chaque fois que cet État du Moyen-Orient connaît des difficultés, que ce soit avec le programme nucléaire ou les manifestations autour du pouvoir actuel et des droits des femmes. "D'autres pays utilisent aussi cette stratégie sans le dire, comme la Russie, la Chine, la Corée du Nord... Mais l'Iran, c'est plus systématique", précise-t-il.

Face à cette stratégie, les autres États concernés se retrouvent face à un dilemme: "Dans le cas d'Olivier Vandecasteele, on a d'un côté un travailleur humanitaire, innocent. De l'autre, quelqu'un condamné pour la préparation d'un attentat. Il y a une asymétrie claire. La Belgique aurait pu essayer de trouver un autre moyen de pression, mais encore faut-il en avoir à disposition. Ce n'est pas évident pour les gouvernements qui ne veulent pas abandonner un ressortissant. Et c'est sur quoi l'Iran compte: c'est un moyen de pression qui fonctionne depuis de nombreuses années", conclut Thierry Kellner.

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