Les marteaux-piqueurs s’en donnent à cœur joie aux abords de la gare du Midi. Mais le bruit ne parvient pas à l’intérieur de cet hôtel bruxellois, situé à deux pas, où le Samusocial a ouvert un centre d’hébergement pour les femmes sans abri.

En 2020, le dispositif urbain d’urgence sociale et de lutte contre l’exclusion à Bruxelles a hébergé et accompagné 2 263 femmes sans toit, dont de nombreuses victimes de violences. Un chiffre vertigineux. "Le nombre de femmes en rue a plus que doublé en 15 ans, place Fabienne de Leval, directrice opérationnelle au Samusocial. C’est une population de plus en plus fragilisée et en précarité extrême."

Un espace sécurisé de repos et de répit

Plus de 300 femmes prises en charge l’an dernier se sont déclarées victimes de violences conjugales, sans compter celles qui n’osent pas exprimer leur réalité. "Par honte", ajoute le responsable du Samusocial.

En raison du confinement imposé par la crise sanitaire, les femmes violentées par leur partenaire ont été enfermées chez elles avec leurs bourreaux. Dans cet hôtel de 70 chambres, qui reste ouvert 24 heures sur 24, les femmes se retrouvent entre elles, sans la menace d’un homme. Cet espace, sécurisé, de repos et de répit leur permet de s’engager dans un processus de récupération de leurs droits, ajoute Fabienne de Leval. Sauf pour celles qui ont le malheur d’être sans papiers. "Pour elles, il n’y a pas d’issue."

"Après une dispute avec ma famille"

Fanny (prénom d’emprunt) réside dans le centre depuis deux mois. "Je vivais avec ma mère après le décès de mon papa, pour l’aider. J’ai eu une dispute avec ma famille pour un problème d’argent. Mon grand frère m’a dit : ‘Tu as un mois pour trouver un appart ou un travail, sinon, c’est dehors.’ C’est ce qui s’est passé." La femme de 36 ans a atterri sur le trottoir, avec une valise.

La première nuit, elle prend une chambre d’hôtel, pour dormir au chaud. Le lundi, elle se rend au CPAS de sa commune, sa valise au bout du bras. Le service de médiation l’oriente vers le dispositif d’accueil pour femmes du Samusocial.

"J’avais l’impression que j’étais plus bas que terre. J’avais honte de demander de l’aide. Ici, on m’a dit : ne culpabilise pas. On m’a vraiment aidée à trouver mes points forts et mes points faibles. J’arrive à remonter la pente."

La vie de Fanny, qui fêtait ses 36 ans lundi, est une histoire compliquée. Ses deux enfants - un grand de 18 ans et une petite de 9 ans - vivent chez leur papa, dont elle est séparée depuis cinq ans. Une rupture sans violence ; deux chemins qui se séparent. Elle voit sa fillette un week-end sur deux. "Hier, je l’ai ramenée ici. On a pu rentrer parce qu’il faisait trop froid. Ici, on est traitées comme des êtres humains. Elle a fait un collier pour mon anniversaire."

De la lumière dans ses yeux

L’objectif de Fanny, c’est de trouver un appartement pour pouvoir héberger la petite. "Elle a besoin d’être avec moi. Elle a envie que je la prenne dans les bras. Hier, ils m’ont dit ici que ça se voit que je suis une maman attentionnée, qu’il y a de la lumière dans ses yeux quand elle est avec moi."

Mais les démarches prennent du temps. "Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si long. C’est compliqué si on veut passer par une agence immobilière sociale, soupire-t-elle. Il faut une fiche de salaire, une preuve que j’ai mes enfants tous les 15 jours, une attestation qui prouve que j’ai bien été mise dehors." Fanny est bien décidée à se battre. "Mon but, c’est ma fille." Après la recherche d’un logement, ce sera celle d’un travail, de préférence en lien avec la danse, sa passion. "Même si c’est vraiment difficile depuis qu’il y a le Covid." Avec son diplôme de vente, Fanny a travaillé dans l’Horeca, mais elle a aussi bossé dans le secteur du nettoyage et donné des cours de zumba.

Elle a animé un atelier à l’hôtel des femmes du Samusocial. "Quand je danse, je transmets quelque chose." Elle connaît quasi toutes les résidentes. "Il y a beaucoup de filles battues qui ont été mises à la porte. On s’entraide. On se prête du dentifrice. Moi, je lisse les cheveux. On essaie de rester debout."