L'organe de contrôle des services de police recense une série d'"éléments déclencheurs" qui auraient dû alerter plusieurs instances hiérarchiques sur les faits survenus en février 2018 à l'aéroport de Charleroi. Il relève aussi que les fameuses images de l'intervention policière visant à maîtriser le ressortissant slovaque avaient été vues par de nombreux membres du personnel de la police aéronautique sans qu'aucun d'eux ne juge nécessaire d'informer les autorités disciplinaires. Jozef Chovanec est décédé le 27 février 2018 à l'Hôpital Marie Curie de Charleroi où il avait été transféré à la suite d'un malaise cardiaque survenu le 24 février vers 5h. Le citoyen slovaque, pris de délire, a été maîtrisé de manière brutale dans une cellule de l'aéroport. Il a subi un plaquage ventral pendant de longues minutes, la tête enveloppée dans une couverture avant de recevoir l'injection d'un calmant. Les agents sourient, une policière fait même un salut nazi.

Une instruction judiciaire est en cours. Le comité P s'est concentré dans ce rapport sur le flux d'informations au sein de la police. La haute hiérarchie n'a en effet jamais été mise au courant des circonstances particulières de l'intervention et surtout n'a jamais vu la vidéo de celle-ci. Or, c'est la diffusion de ces images au mois d'août 2020 qui fera scandale et ébranlera la hiérarchie de la police fédérale.

Le rapport, dont l'Agence Belga a pu prendre connaissance, note ainsi que les éléments d'appréciation en possession des inspecteurs principaux de la police aéronautique (LPA) et de son directeur (officier de police administrative cette nuit-là) étaient suffisants pour qu'ils soient transmis à un échelon supérieur, en l'occurrence la DAO (Direction des opérations de police administrative). Par ailleurs, le dépôt d'une plainte par l'épouse et le frère de M. Chovanec constitue également un "élément déclencheur", de même que les interventions répétées de l'ambassadeur de Slovaquie ou la demande d'information du service de presse du commissariat général de la police fédérale.

Les images de l'intervention ont été copiées sur une clé USB remise à la justice et ensuite restituée au chef de service de la LPA Gosselies le 8 mars 2018.

Le 21 mars, un débriefing est organisé en présence de la majorité des intervenants, de moniteurs locaux et de l'Académie de police, du directeur de la LPA, de son responsable opérationnel et de sa responsable bien-être. Les images n'y sont pas montrées. La raison invoquée est la volonté de ne pas polluer le récit des policiers. Pourquoi dès lors n'avoir pas vérifié ce récit à l'aide des images?, demande le comité. Le fait est d'autant plus interpellant que les images ont été disponibles pendant plusieurs jours et ont été vues par un certain nombre de policiers de la LPA Gosselies. Un inspecteur principal a même montré quelques minutes de celles-ci aux moniteurs de l'Académie. Le chef de service de la LPA Gosselies dit de son côté qu'il a effacé ces images de la clé USB sans les regarder parce qu'elles font partie du dossier judiciaire. Une affirmation qui étonne le comité P.

Le rapport épingle une confusion des rôles au sein de la LPA, une absence de feed-back lors du passage de responsabilités ou l'appréhension de l'incident uniquement sous l'angle du bien-être des agents.

Le comité P s'est également penché sur la transmission d'informations entre le cabinet du ministre de l'Intérieur de l'époque, Jan Jambon, et la police. Il pointe une tendance à court-circuiter la hiérarchie policière. Des échanges ont lieu avec la direction de la LPA mais ne sont pas transmis au directeur général de la police administrative ou à la commissaire générale. Une manière de communiquer qui serait née après les attentats terroristes.

Le rapport sera examiné lundi par la commission de la Chambre chargée du suivi du comité P. Il se garde d'établir des responsabilités. Le comité P rappelle d'ailleurs qu'il n'est pas un organe disciplinaire. La police a ouvert une enquête interne sur les faits mais elle est toujours en cours, a indiqué mercredi la ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden, à la Chambre. Ce n'est que lorsque les conclusions définitives seront connues que d'autres démarches pourront être entreprises.