Invité du JT de la Première, le philosophe et juriste Benoît Frydman a employé "des mots forts" pour dénoncer la situation qui a lieu au sein des maison de repos belges depuis le début de la crise sanitaire.

"Oui, je pense qu’on a laissé mourir des gens dans des conditions inhumaines. En masse, 4.800 personnes, c’est en masse.", martèle-t-il sur le plateau.

"Je suis scandalisé par ce qu’il s’est passé. Et bien entendu, je pense aux 4.800 familles. Je pense que les morts demandent justice. Les gens sont morts. Ils ont souffert. On dit de certains qu’ils sont morts dans leurs excréments. Certains ne sont pas morts du Covid, ils sont morts de soif", accuse le professeur.

"Donc, c’est effectivement l’histoire d’un massacre de masse."

Benoît Frydman pointe la responsabilité des pouvoirs publics, qui cherchent justement à se dédouaner selon lui, et il appelle à ce que la justice soit saisie. "Et le problème vient toujours du haut vers le bas. Les services publics eux-mêmes sont contaminés dans cette déresponsabilisation. D’ailleurs, les hôpitaux n’avaient pas de directives claires. Mais on leur a quand même donné des conseils, même s’il y avait 55% de chambres qui restaient libres, il ne fallait quand même pas admettre les vieux des maisons de repos".

"La clarté doit être faite, et c’est très bien qu’il n’y ait pas de commission d’enquête. La justice va pouvoir faire son travail. Les politiques n’ont pas voulu d’une commission d’enquête, c’est parfait. Ce qu’il faut, c’est un juge d’instruction, voire plusieurs. Je pense que trois juges d’instruction pour aller voir en profondeur, ce serait bien. Vous imaginez l’ampleur du dossier, dans les trois régions", ajoute-t-il.

Défenseur des scientifiques

Le professeur de droit s'est aussi exprimé sur les polémiques autour du rôle des scientifiques dans les décisions autour de la gestion de la crise du coronavirus. "Les virologues doivent avoir une liberté d’expression complète. Le compromis est de l’ordre du politique. Mais la science ne fonctionne pas comme ça. Toute l’histoire moderne de la science est faite de polémiques et de controverses. On vit dans une démocratie, pas au pays des bisounours. Il est tout à fait normal qu’ils donnent leur avis."

"Quand des chefs d’entreprise tentent de faire taire Marc Van Ranst en l’assignant en justice, c’est grave. Il doit être défendu. On tente d’en faire un bouc émissaire. Il ne faut pas en revenir au procès de Galilée et défendre la totale liberté d’expression des scientifiques", ajoute-t-il.