C’est un document qui devrait servir de balise au gouvernement fédéral dans les jours à venir. Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (SP.A) et Alexander De Croo (Open VLD) avaient commandé aux laboratoires de la KULeuven une étude afin de mieux cerner l’ampleur des différentes souches variantes du virus Sars-Cov-2 qui circulent depuis quelques semaines en Belgique.

Les chercheurs, parmi lesquels Emmanuel André et Marc Van Ranst (membres du Gems, le groupe d’experts qui gèrent la stratégie de crise), ont analysé 1 784 séquences du virus, collectés dans 21 laboratoires du pays, depuis le 1er décembre 2020. Et la conclusion est claire : le variant britannique (501Y.V1) pourrait devenir le virus dominant dans la population, "remplaçant" la souche du virus initiale présente en Belgique depuis maintenant près d’un an. D’ici la fin février, ce variant britannique pourrait représenter 90 % des infections sur le territoire belge.

Un variant plus contagieux que prévu

Sur la base des données collectées, les sept auteurs du document se montrent particulièrement préoccupés par son taux de contagiosité. Il s’élèverait à 1,65 d’ici la fin du mois de février, contre 0,98 aujourd’hui pour le virus "basique". Ce qui signifie qu’une personne infectée en contaminerait 1,65. Un constat qui tranche avec les prédictions précédentes, qui faisaient état d’une contagiosité d’"à peine" 30 % supérieure à celle de la souche actuelle du virus. Une nouvelle estimation à la hausse que les chercheurs attribuent à un changement de méthode de calcul (plus précise), et qui rejoint les résultats observés à l’étranger.

"Ces chiffres sont inquiétants", peut-on lire dans le texte. Les auteurs ajoutent que ce taux de reproduction de 1,65 a été estimé dans un environnement sanitaire marqué par les mesures de restrictions actuelles qui nous maintiennent aujourd’hui à un taux de reproduction autour de 1.

Plusieurs laboratoires se sont également intéressés à la répartition des cas détectés selon les tranches d’âge. Dans un premier temps, le variant était principalement détecté dans la population adulte, sans doute dû au phénomène des retours de voyage. "Plus récemment, un plus grand nombre de souches sont observées dans les tranches plus jeunes et plus âgées de la population, ce qui résulte potentiellement d’une combinaison de facteurs, parmi lesquels une plus grande transmission dans les maisons de repos et dans le secteur de l’éducation, ainsi que d’une intensification de la stratégie de test", pointe le document.

Surveiller les indicateurs habituels

Pour autant, cela ne signifie pas que l’on se dirige vers la catastrophe. En effet, les indicateurs épidémiologiques restent bons, malgré une certaine fluctuation. "Notre dispositif tient bon pour le moment, mais il faut garder l’œil sur les indicateurs. S’il y a une reprise claire, il faudra être prêt à intervenir rapidement", expliquait l’épidémiologiste de l’ULB Marius Gilbert, au micro de RTL jeudi. "La principale menace est que les mesures ne soient plus suffisantes. Mais on n’en est pas là", rassurait-il.

Un constat que partage Annie Robert, responsable du pôle de recherche en épidémiologie et biostatistique à l’UCLouvain. "Ce sont là des prédictions qu’il faut prendre avec des pincettes car les paramètres utilisés dans les modèles mathématiques varient fortement. C’est un scénario du pire, tempère la chercheuse. Il est certainement normal de vouloir prédire, mais la situation évolue fortement, notamment avec les vaccins qui font grandir l’immunité d’une partie de la population. L’objectif actuel reste toujours le même, c’est-à-dire faire baisser les indicateurs."