Le carnaval d'Alost persiste et signe: malgré la polémique liée à des caricatures jugées antisémites l'an dernier, les carnavaliers ont présenté de nouvelles poupées moquant les juifs orthodoxes. Plusieurs voix émanant de la communauté juive se sont indignées.

Les caricatures visant les juifs au carnaval d'Alost sont "encore plus douloureuses" que celles qui avaient suscité la polémique l'an dernier, réagit dimanche le Forum des organisations juives. "On pouvait alors penser que l'objectif n'était pas de dénigrer, mais cela a été encore un cran plus loin cette fois", estime le porte-parole de la coupole, Hans Knoop. Après analyse des images, le Forum est consterné. "Il est choquant qu'une fête dégénère à ce point dans un pays comme le nôtre, au coeur de l'Europe. Alost se présente à la face du monde comme un nid de l'antisémitisme. Je ne dis pas que c'est le cas, mais quiconque visionne ces images depuis l'étranger ne peut tirer d'autre conclusion", déplore M. Knoop.

Pour le Forum, l'analogie avec les représentations des années trente est inévitable. "Les juifs sont comparés à des insectes, après les rats et les souris de l'an dernier", se désole le porte-parole.

La coupole d'associations se réjouit cependant des nombreuses réactions de rejet qui sont arrivées de l'étranger. Elle espère que la société se mobilisera pour parvenir à une solution. "Ce sont les juifs qui souffrent de l'antisémitisme, mais cela ne les concerne pas uniquement. Toute la société en pâtit."

"Une redite de l'année passée, en pire"

L'édition 2020 du carnaval d'Alost "est catastrophique, pire que tout ce que j'ai pu craindre". Le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) a été horrifié par le défilé. Il espère une réaction du monde politique. "Je suis vraiment choqué par ces images de juifs caricaturés en insectes ou à côté de sacs de diamants", a réagi Yohan Benizri. "C'est une redite de l'année passée, en pire." L'évènement a perdu l'an dernier sa reconnaissance au patrimoine immatériel de l'Unesco pour antisémitisme, en raison notamment de personnages au nez crochu et entourés de sacs d'or.

Les carnavaliers alostois en appellent pour leur part à l'humour, dirigé tant envers les juifs que les prêtres ou les musulmans. Pour le président du CCOJB cependant, il ne s'agit pas d'une question de liberté d'expression mais d'une question morale. "Nous sommes pour la liberté d'expression et le droit au blasphème", souligne-t-il. Mais "quel monde voulons-nous montrer à nos enfants? Des images de juifs en insectes à exterminer comme de la vermine, ou une société pluraliste? Certaines choses sont moralement répréhensibles, même si elles ne sont pas pénalement condamnables."

M. Benizri, qui appelle au "dialogue et à l'ouverture du débat à tous les démocrates" pour "éviter un front opposant Alost aux juifs censeurs", espère dès lors que la classe politique réagira. "C'est comme le harcèlement scolaire. Il faut conscientiser le harceleur et, si celui-ci ne comprend pas, il est alors nécessaire d'éduquer toute la classe", conclut-il.