"Une personne sur la liste de l'OCAM n'est pas automatiquement renvoyée de l'armée", explique Yves Huwart du syndicat militaire ACMP dans le quotidien "De Morgen". "Si tout ce que l'on dit sur cet homme est vrai, alors son avenir à la Défense semble très compromis", a-t-il poursuivi.

J.C, 46 ans, est actuellement le soldat le plus recherché du pays après la découverte d'une lettre indiquant qu'il rejoindrait la résistance. Il figure depuis longtemps sur la liste de l'OCAM, l'organisme d'analyse des menaces. Le militaire serait un sympathisant de l'extrême droite et aurait récemment proféré des menaces envers plusieurs personnes, notamment contre le virologue Marc Van Ranst qui a depuis hier été emmené en lieu sûr avec sa famille.

Depuis que son identité a été dévoilée, plusieurs questions se posent quand on observe le profil de ce militaire. L'une d'entre elle semble plus légitime que d'autres : comment est-il possible qu'un homme avec ce profil puisse encore être dans l'armée belge?

"La carrière d'une personne inscrite sur la liste de l'OCAM ne s'achèvera pas forcément", déclare Yves Huwart du syndicat militaire ACMP. "Cela n'est possible qu'après une enquête approfondie. Mais c'est un signal sérieux, et ces personnes seront particulièrement surveillées."

La présence de J.C sur cette liste est possible pour plusieurs raisons mais, dans ce cas-ci, il s'agit tout d'abord de l'appartenance à un groupuscule extrême. "Les gens peuvent être membres d'organisations ayant une mauvaise réputation ou une réputation douteuse, mais nous devons découvrir jusqu'où va cette adhésion."

Selon Yves Huwart, des mécanismes de contrôle suffisants ont également été intégrés en ce qui concerne l'accès aux armes, mais il y a toujours des gens qui peuvent les toucher grâce à leur fonction. "Ceux-ci constituent alors un risque accru, mais il existe également des mécanismes qui doivent contenir ce risque. L'ensemble de la procédure est constamment affiné, souvent sur la base de l'expérience. Si l'on peut en conclure que quelque chose ne va pas avec la procédure, le cadre réglementaire sera ajusté."

Une trentaine de militaires belges suivis par le service de renseignement

Une trentaine de militaires soupçonnés de sympathie avec l'extrême droite sont suivis de près par le service de renseignement de l'armée, a par ailleurs indiqué le chef de ce service, le général-major Philippe Boucké. "On creuse et on trouve. Le screening fonctionne bien. La menace reste infime au sein de la Défense", expliquait le "patron" du Service général du Renseignement et de la Sécurité (SGRS) dans une interview publiée le 27 mars dernier par le journal 'Le Soir'.

Interrogée dans la foulée à la Chambre, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), avait toutefois relativisé ce chiffre le 20 avril. "Il faut interpréter prudemment le chiffre de trente militaires en lien avec l'extrémisme de droite car il inclut les personnes pour lesquelles l'enquête pourrait conclure à l'absence de formes d'extrémisme", avait-elle répondu aux députés Guillaume Defossé (Ecol) et Kris Verduyckt (Vooruit).

Contraires aux valeurs de l'armée, le racisme et la xénophobie sont une infraction pénale et ne sont pas admis pour un militaire. Les sanctions dépendent de multiples facteurs. L'autorité peut sanctionner le militaire par une mesure statutaire pouvant aller jusqu'au licenciement, avait ajouté la ministre. Elle avait précisé qu'outre la vérification de sécurité prescrite par la loi, les nouvelles recrues sont également soumises à un examen de conformité aux normes et valeurs de l'armée.

L'enquête du département d'état-major renseignement et sécurité (le SGRS), un extrait du casier judiciaire, un CV standardisé, les tests de personnalité et l'entretien de sélection peuvent révéler des éléments indésirables. Dans ce cas, le candidat est exclu de la procédure de sélection, avait souligné Mme Dedonder. Un de ses prédécesseurs à la Défense, André Flahaut (PS), a toutefois déploré que le screening ne se produise 'qu'à l'entrée" et plus par la suite. Il n'y a pas de screening pour le personnel civil de la Défense, a-t-il déploré auprès de l'agence Belga.