C’est quasiment inédit : la police mène depuis mardi des recherches dans un espace circonscrit du Limbourg pour capturer un homme armé qui pourrait commettre l’irréparable, sans savoir ce qu’il projette.

Jurgen Conings est un militaire de carrière âgé de 46 ans aux sympathies avérées d’extrême droite. L’Ocam, chargée d’évaluer la menace, a placé le curseur sur 4 (très grave), soit le niveau le plus élevé indiquant qu’il représente une menace "sérieuse et imminente". Pour le pays, le niveau de menace reste sur 2 (moyen), une menace "peu vraisemblable".

Les premiers signes très inquiétants sont apparus lundi. Le caporal Jurgen Conings n’est pas rentré chez lui à Dilsen-Stokkem.

Il a ainsi laissé, selon De Standaard, deux lettres dont une dans laquelle il indique qu’il ne pouvait plus "vivre dans une société où les politiciens et les virologues nous ont tout volé". Il y annonce qu’il entrait en résistance et ne se rendrait pas sans combattre.

Or, Jurgen Conings est un militaire aguerri qui a été déployé à plusieurs reprises à l’étranger, notamment en Afghanistan en 2011. Caserné à Peutie, il était également chargé de l’entraînement "pré-déploiement à l’étranger" à Bourg-Léopold. C’est peut-être la raison pour laquelle il a pu emporter de cette caserne quatre lance-roquettes portables Law, un pistolet-mitrailleur FN P90 et un pistolet semi-automatique FN Five-Seven. Il aurait prétexté un exercice de tir à organiser mercredi.

Sa voiture a été retrouvée mardi soir avec, à son bord, les quatre Law et une nouvelle lettre dans laquelle il formule de nouvelles menaces. À l’intérieur, une grenade était reliée par des fils aux poignées de portières, comme pour la piéger.

Le parquet fédéral a lancé un avis de recherche. Il souligne que, "selon les premiers éléments de l’enquête, les intentions de cet homme semblent potentiellement agressives à l’encontre d’institutions ou de personnalités. Les cibles ne sont pas clairement définies, différentes pistes sont envisagées".

Mercredi, les recherches se sont concentrées sur le parc national de la Haute Campine, qui a été fermé au public. Le parc s’étend sur 12 000 hectares, ce qui équivaut à un carré de 11 km de côté. La police fédérale et l’armée ont déployé 250 hommes, dont un hélicoptère.

Connu du parquet, de l’Ocam et du SGRS

Il est difficile de déterminer ce qui a poussé Jurgen Conings à de telles extrémités. L’homme se savait surveillé. En 2020, il a attiré l’attention par un discours virulent à l’égard des virologues, demandant notamment sur les réseaux sociaux si l’on pouvait lui dire où habitait Marc Van Ranst. Il avait été l’objet d’une enquête interne et le parquet du Limbourg avait ouvert une information judiciaire.

Il figurait aussi, a indiqué le ministre de la Justice, sur la liste de l’Ocam reprenant, à côté des terroristes partis sur zone ou condamnés, les "extrémistes potentiellement dangereux". Il était l’objet des attentions du SGRS (renseignements militaires), dont le patron, en mars, avait déclaré qu’une trentaine de militaires étaient surveillés pour leurs sympathies d’extrême droite.

Jurgen Conings a été proche de Tomas Bouten, un ancien militaire, leader du groupe BBET, condamné pour terrorisme en 2014. BBET projetait des actions violentes contre Filip Dewinter, figure de proue du Vlaams Belang et Dyab Abou Jahjah, qui avait fondé la controversée Ligue arabe européenne. Le but était de polariser la société et de créer un climat lourd, propice à l’instauration d’un régime fort.

Une opinion, comme le rappelle un cador de l’antiterrorisme, n’est en soi pas un délit. "En fonction de la dangerosité de la personne, on peut organiser son travail", note encore notre cador.

Le gouvernement veut une enquête

Ce qui pose question pour Jurgen Conings. Comment gardait-il toujours accès à des armes ? La ministre de la Défense, soulignant que l’extrémisme n’a pas sa place à la Défense, a demandé d’urgence, dès aujourd’hui une enquête interne.

Le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) s’interroge aussi : "La question est de savoir comment quelqu’un d’actif au sein de la Défense, qui se trouve sur une liste de la Sûreté en tant que personne aux idées extrémistes, et qui a déjà proféré des menaces, a eu accès à des armes et a pu les emporter ?"