Des précédentes actions avaient déjà permis de rassembler 100.000 euros. Qu'est-ce qui a différencié l'appel à l'aide d'Ellen De Meyer, la maman de Pia d'un autre ?

La famille Boehnke a tout fait pour aider Pia à s'en sortir. Avec amour, avec volonté de faire comprendre, avec l'envie désespérée de partager le quotidien d' "une fille super gaie de 8 mois" qui souffre d'une maladie génétique très rare qui l'empêche de pouvoir utiliser les muscles de son corps...

Ce qui a en dernier ressort, donné lieu à un déferlement de dons venant de tout le pays, Wallons, Bruxellois, Flamands solidaires autour d'un bébé malade... "L'enfant est devenu un idéal, c'est le seul lien dont on est sûr dans une société insécurisée", explique Diane Drory, psychologue et grande spécialiste de la petite enfance. Dans la réponse massive à cet appel à l'aide, la psychologue voit "l'idéalisation de l'enfance et du lien parent-enfant, un lien qui est indéfectible dans un monde qui se compose et se décompose à une vitesse folle. Personne ou presque ne peut y être insensible".

Mais Diane Drory soulève aussi une autre émotion qui a certainement porté les Belges vers le don : c'est "l'incapacité à supporter l'impossible : de nos jours, tout doit être possible" Avec 2 simples euros, on pouvait se dire que l'on aidait à sauver un enfant.

D'ailleurs, les articles dans lesquels le professeur Laurent Servais affirme que "la petite Pia n'a aucune chance d'être guérie par le médicament le plus cher du monde" ont introduit un désespoir que les internautes n'ont pas voulu intégrer. "Si on peut essayer de la sauver avec 2 petits euros, je ne regrette pas mon don", "Il faut laisser de l'espoir aux parents", "tous les enfants sont uniques, il faut quand même tenter" : les commentaires sur Facebook étaient (pour une fois) tous unanimes pour "laisser la place à l'espoir avant tout et rêver que c'est possible, au point peut-être de perdre le sens de la réalité", avance Diane Drory, "simplement parce que cette réalité est insoutenable". A la limite, cette triste analyse du professionnel de la santé aura poussé encore plus de gens à donner, non pour faire mentir la science mais pour soutenir l'espoir d'une famille.

Des parents très actifs dans une communication en 3 langues

Des précédentes actions avaient déjà permis de rassembler 100.000 euros. Qu'est-ce qui a différencié l'appel à l'aide d'Ellen De Meyer, la maman de Pia d'un autre ?

L'appel aux dons par SMS est venu couronner de nombreuses autres actions (collectes, appels à l'organisation d'événements caritatifs, vente de vin), qui avaient déjà permis de sensibiliser beaucoup de monde et de récolter près de 95 000 euros. En effet, au travers de Teampia.be, ses parents ont développé un blog en flamand, en français et en anglais. Ils y font parler le bébé, ce qui a permis à tout le monde de savoir clairement de quoi souffre Pia et ce qui pourrait la soigner. Et les écueils qui se sont dressés sur le chemin : "Novartis, la société qui fabrique le médicament, ne veut pas me le donner gratuitement et j’ai été diagnostiquée deux semaines trop tard pour participer à une étude clinique."

Et l'horrible réalité concernant le médicament qui pourrait tout résoudre en une injection : "Actuellement je suis le seul enfant en Belgique à ne pas pouvoir participer à un tel essai, et donc le seul à ne pas recevoir gratuitement ce médicament."

Aujourd'hui mercredi 17 septembre, plus de 957 500 messages ont déjà été envoyés. "C’est incroyable… Après tous les coups durs auxquels nous avons dû faire face, l’entreprise pharmaceutique qui, tout comme le gouvernement, nous a tourné le dos, on revit aujourd’hui. Je crois à nouveau en la bonté de l’être humain. Les gens nous disent 's’ils vous ont laissé tomber, alors nous allons vous aider'", expliquait peu avant la mère de Pia à Het Laatste Nieuws.

© DR