Il n'y a pas eu de directive générale de refus d'admission hospitalière durant la première vague mais des refus, au cas par cas dans des hôpitaux en raison notamment d'une communication défaillante d'une note d'information de la Société Belge de Gériatrie et de Gérontologie, mais aussi une méconnaissance, au niveau des hôpitaux de la situation dans les Maisons de Repos, est-il ressorti jeudi des auditions de la commission spéciale Corona du parlement bruxellois.

Les députés qui en font partie ont entendu Sandra de Breucker, membre de la société belge de gérontologie et de gériatrie, ainsi que MM. Paul Cosyns et Guy Lebeer du comité consultatif de bioéthique.

Sandra De Breucker a admis que la communication, dans l'urgence, d'une note d'information relative à la décision quant à l'opportunité d'hospitaliser les personnes âgées lors de la première vague n'avait pu être bien préparée. S'en est suivi un mauvais cadrage des medias qui ont été source d'informations erronées au sujet du contenu de cette note faisant référence à l'échelle de fragilité du patient et du score à partir duquel une hospitalisation n'était pas recommandée.

La représentante de cette société multidisciplinaire non subsidiée, composée de médecins, infirmiers, paramédicaux issus des hôpitaux, et des Maisons de repos (et de soins) a reproché aux autorités politiques fédérales et bruxelloises un screening tardif de la situation en Maison de Repos, entamé seulement le 22 avril. Elle a également évoqué une politique de cohortage tardive, une absence de concertation autour des mesures sanitaires et une absence de collaboration directe avec Iriscare durant la première vague.

Plus largement, il a eu un manqué, selon elle, dans la société et essentiellement du côté francophone, d'une culture de l'intensité des soins et d'information des familles sur ce qui se passe dans les Maisons de Repos.

Dans les hôpitaux, il y a eu des refus au cas par cas de patients âgés. On y observé une méconnaissance de la spécificité médicale du patient âgé, source de traitements inadaptés, et de la situation en Maisons de Repos. Cela a engendré des renvois inappropriés de patients vers celles-ci.

Mais à ses yeux, c'est le principe du "triage" qui est "épouvantable" alors que l'on n'a connu que deux jours de saturation dans les hôpitaux.

En Maisons de repos, il a manqué d'un plan de lutte global contre les infections. Les médecins corodinateurs ont été débordés par la "démission massive" des médecins généralistes durant la première vague. Le personnel en nombre insuffisant y manque de formation dans les domaines de la gériatrie et des soins palliatifs. Il n'y a pas eu de concertation avec les gériatres.

Mme De Breucker a enfin eu des propos très durs pour le secteur privé des maisons de repos dont "le personnel est bashé en permanence", et qui est "responsable de l'image péjorative des maisons de repos". "Le lucratif dans une entreprise humaine pose un vrai problème éthique et moral", a-t-elle commenté.

Pour le Comité de Bioéthique, Paul Cosyns, a aussi témoigné du constat d'un renvoi au cas par cas de patients vers les Maisons de Repos durant la première vague et déploré que des patients qui auraient été pris en charge en temps normal ne l'ont pas été. Il a également jugé que les Maisons de Repos du secteur public s'en étaient globalement mieux sorties lors de la première vague. Selon lui, globalement, la méconnaissance scientifique et médicale de la Covid 19 et le manque tant de matériel de protection de base que de personnel suffisamment formé dans la Maisons de Repos ont déstabilisé la situation.

Pourtant, l'avis 48 du comité de bioéthique publié en 2009 dans le contexte de l'épidémie d'influenza recommandait la constitution de stock d'équipements. Il n'en n'a pas été tenu compte, a-t-il constaté.