"Tester moins pour tester mieux." Cette manière différente d’envisager le dépistage des personnes suspectes d’être positives au Covid-19, dans les semaines qui viennent, n’est pas une idée révolutionnaire. Il s’agit d’une position de repli adoptée par les autorités belges pour répondre à un problème criant : il y a trop de demandes de tests Covid par rapport à la capacité de les réaliser. Parce que revenir, au moment où le nombre de cas de personnes positives explose en Belgique, sur une règle qui a montré son efficacité ailleurs et que tout le monde prône depuis le début de la crise en mars, et cibler seulement ceux qui ont des symptômes, pourrait paraître absurde. C’est pourtant ce qui va se passer dès cette semaine. Ainsi en a décidé le comité interministériel (CIM) santé qui s’est tenu lundi après-midi.

Mais, il faut bien en convenir, la Belgique n’a pas vraiment le choix. Pourquoi ? Parce qu’au début de l’été, révèle Le Soir - une info confirmée par ailleurs -, un contrôleur des finances aurait décidé de bloquer une commande importante de machines visant à augmenter de manière plus que significative la capacité de testing quotidien (autour des 130 000). Une décision qui, à l’époque, n’a semblé émouvoir personne dans les sphères de décision belges. La situation s’améliorait et la stratégie mise en place quelques semaines plus tôt n’était dès lors, pour certains, plus prioritaire.

C’était compter sans la reprise des contaminations, liées à de nombreux facteurs, dont le non-respect des règles que certains qualifiaient de "peu claires", prônées par le Conseil national de sécurité.

Aujourd’hui, les généralistes sont débordés et à moins d’avoir un passe-droit, les centres de test sont saturés. Les hôpitaux voient arriver des malades, le personnel soignant s’apprête à revivre des heures sombres, il fallait donc trouver dans l’urgence, une solution pour tester les gens.

La semaine dernière, sous la houlette du commissaire Corona, Pedro Facon, tout qui s’occupe de santé dans les différents gouvernements du pays a apporté des idées de solutions de rechange aux actuels tests PCR, lesquels nécessitent ces fameuses machines, qui ne seront pas ici en novembre, voire en janvier 2021. Dimanche, le commissaire Corona a synthétisé les choses et a proposé un plan. Ce dernier était débattu, lundi après-midi. Voilà donc ce qu’il en ressort.

1. On teste seulement ceux qui ont des symptômes

Dès cette semaine, les priorités pour le testing vont évoluer. "La priorité sera donnée aux malades avec symptômes, aux professionnels de la santé et aux personnes de plus de 65 ans et fragiles", explique la ministre wallonne chargée de la Santé, Christie Morreale (PS). En revanche, les personnes suspectes qui n’ont pas de symptômes et qui ont été en contact étroit avec une personne positive ou qui reviennent de zone rouge ne seront plus testées. Il leur est demandé de se mettre en quarantaine pendant dix jours.

2. On teste les homes et les écoles

La priorité des tests sera aussi donnée "aux institutions qui ont des foyers infectieux soit deux cas de Covid-19 et plus dans une maison de repos, un hôpital ou une école par exemple", enchaîne la ministre wallonne.

3. On renforce les centres de dépistage

Le CIM santé a également décidé de renforcer les centres de dépistage avec du personnel complémentaire : les logopèdes, les sages-femmes pourront très bientôt effectuer les tests. D’autres pistes sont à l’étude concernant les étudiants en médecine et puériculteurs.

4. L’outil de rendez-vous en ligne sera activé

Enfin, on apprend encore que "l’outil de rendez-vous en ligne sera également activé cette semaine pour diminuer les files d’attente dans les drive-in", explique la ministre Morreale.

Toutes ces décisions seront activées cette semaine. Elles seront valables jusqu’au 15 novembre et réévaluées ensuite. Quant aux autres moyens de testing, pour l’instant, le CIM a décidé de ne rien décider. "En Wallonie, j’avance aussi sur le sujet. Des propositions sont à l’examen concernant les tests salivaires", conclut la ministre.

Sur ces questions de tests alternatifs, le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (SP.A), considère qu’il est encore un peu tôt et que "ce n’est pas du tout une décision évidente. Il faut d’abord être sûr de la validité de ces tests. Et ensuite se pose la question : où va-t-on les utiliser, comment lier leurs résultats à notre système informatique ? Il y a un enchaînement de décisions complexes, et cela va demander des semaines", a-t-il expliqué.