L'affaire, en cours d'instruction depuis deux ans, a rebondi mercredi avec la diffusion dans la presse d'images de caméra de surveillance de cette intervention policière. Ces révélations ont précédé l'annonce jeudi du retrait du directeur général de la police fédérale, André Desenfants. Le numéro 2 de la police fédérale avait pris ses fonctions à la fin 2017, quelques semaines avant le décès de M. Schovanek.

Les faits remontent au 23 février 2018 à l'aéroport de Charleroi (BSCA). Jozef Chovanec, âgé de 38 ans, avait posé des difficultés au personnel lors de son embarquement vers Bratislava, en Slovaquie. La police fédérale aéroportuaire avait alors été requise pour le maîtriser et le passager s'était rebellé sur le tarmac.

Placé en cellule dans les locaux de la police fédérale, il s'était porté des coups violents, obligeant les policiers à intervenir de nouveau pour le maîtriser. Lors de cette opération, l'individu avait fait un arrêt cardiaque et était décédé quelques jours plus tard.

"Les images dont nous disposons sont incomplètes et éparses, mais elles semblent indiquer que Jozef Chovanec était dans un état de confusion, s'infligeant à lui-même des coups et avait besoin d'aide", explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International. "La manière dont la police est intervenue est injustifiable. Nous demandons que soit menée une enquête approfondie sur les faits et sur l'atmosphère horrible qui semblait régner lors de l'incident."

"Il faut par ailleurs que la lumière soit faite sur l'absence d'action entreprise en interne. Il est incompréhensible qu'il faille attendre que de telles images soient transmises aux médias pour que des mesures, au demeurant très légères, soient prises", pointe encore Philippe Hensmans.

Au vu des faits, qui ne sont pas sans rappeler ceux qui ont mené à la mort de Jonathan Jacob après l'intervention d'agents dans une cellule du commissariat de police de Mortsel en 2010, Amnesty International demande aux autorités compétentes de mener des études, au-delà des cas spécifiques, sur les violences policières, en particulier lorsqu'elles entraînent des blessures ou la mort. "Il est par ailleurs nécessaire de déterminer si les protocoles, dans le cas de situations médicales problématiques, sont suffisants", dénonce encore l'organisation.

Conjointement avec la plateforme 'Pas Normal - Stop au profilage ethnique' dont elle fait partie, cette dernière demande également qu'une enquête soit menée pour déterminer si le racisme a été un facteur qui a joué durant l'intervention à l'aéroport de Charleroi.

Dans son communiqué, Amnesty pointe en outre l'échec politique que constitue l'absence de mise en place de structures nécessaires pour prévenir ou mieux appréhender de tels drames. "La Belgique continue à s'abstenir de développer les structures destinées à prévenir autant que possible ce type de tragédie. Fait particulièrement illustratif, depuis 2005, tous les gouvernements successifs ont promis de se mettre en conformité avec les normes internationales relatives à la surveillance des lieux de détention. Force est de constater que ces promesses sont restées lettre morte", regrette Philippe Hensmans.

La Belgique déclare depuis 2005 vouloir ratifier le Protocole facultatif à la Convention des Nations unies contre la torture. "À cette fin, un mécanisme national de prévention doit être mis en place pour prévenir et combattre les abus, les mauvais traitements et la torture dans tous les lieux de détention", rappelle Amnesty International. "Quinze ans après la signature par la Belgique du Protocole, le message que nous délivrent nos autorités est toujours le même: 'nous y travaillons'."