Michel Didisheim est décédé ce lundi à l’âge de 89 ans.

"Je me suis attaché à jeter les fondements d’une organisation qui devait être viable et qui devait avoir une pertinence sociétale", affirmait le comte Michel Didisheim en évoquant la Fondation Roi Baudouin, dont il fut le premier administrateur délégué. Une Fondation qui fait aujourd’hui partie du paysage belge, mais dont la création fut un chantier difficile dans les années 70 et 80, tant les fondateurs partaient de rien à l’heure de créer cette nouvelle organisation. Michel Didisheim put ainsi démontrer ses réelles capacités d’entrepreneur social.

Dès l’annonce de son décès, ce lundi, la Fondation a fait part de sa "profonde tristesse" et adressé ses plus sincères remerciements à "un homme d’exception" qui, durant trente ans, s’est investi sans relâche pour la Fondation. Ce grand homme - dans tous les sens du terme - y avait occupé la fonction de secrétaire général (1976-1981), d’administrateur délégué (1982-1995) et de président (1994-1999), et siégea à son conseil d’administration de 1982 à 2004. Le roi Baudouin en personne avait demandé à Michel Didisheim de mettre sur pied et de diriger la Fondation à sa création, en 1976, à l’occasion de ses 25 années de règne. Une mission qu’il qualifia de "véritable challenge" mais qu’il accepta avec honneur.

Défense du patrimoine

Le comte Michel Didisheim fut aussi chef de cabinet de plusieurs ministres puis chef de cabinet du prince Albert de Belgique, qu’il accompagna régulièrement lors de missions économiques à travers le monde. D’une élégance rare et constante, l’homme était réputé pour sa connaissance des rouages de l’État. C’est ainsi qu’il cofonda diverses ASBL actives dans le domaine de l’aménagement du territoire et de la mise en valeur du patrimoine, notamment à Bruxelles où il fut l’un des fondateurs de l’association Quartier des Arts, aux côtés de personnalités telles que Jean Tordeur, Daniel Janssen et Mickey Boël.

L’obsession de Michel Didisheim lors de la création de la Fondation était de mettre en place une structure solide et performante capable d’attirer des capitaux et de garantir sa pérennité. Il en précisa l’organisation, le fonctionnement, les grands objectifs et élabora les premiers programmes. D’abord en matière d’aménagement du territoire et de lutte contre la pauvreté. Plus tard, la Fondation se consacra aussi à d’autres domaines, tels que la santé et la protection de la jeunesse. La vision développée par Michel Didisheim contribua assurer cette pérennité de la Fondation : "J’étais d’avis qu’il fallait veiller à assurer la survie à long terme de cette fondation en dépensant l’argent avec parcimonie et en essayant de trouver des fonds supplémentaires pour renforcer son capital et son utilité au service de la collectivité." Une stratégie qui s’orienta vers le développement de la philanthropie et la création de fonds nominatifs liés à des causes spécifiques, gérés en commun par la Fondation et les donateurs.

Proche de la famille royale

C’est également grâce à la proximité de Michel Didisheim avec la famille royale que plusieurs fonds liés à celle-ci furent créés, tels que le Fonds Prince Albert (qui octroie des bourses à des jeunes professionnels pour effectuer des missions à l’étranger pour le compte d’entreprises belges) ou le Fonds Prince Philippe (qui veut stimuler les échanges entre les différentes communautés de Belgique). Notons qu’il fait partie des rares personnalités à s’être vu octroyer le titre de comte par le roi Albert II alors que le roi Baudouin lui avait préalablement conféré le titre de baron.

À la suite du décès du roi Baudouin en 1993, la Fondation devint plus indépendante et s’affirma encore davantage en Europe et à l’international. Personne ne doute que sans l’engagement du grand commis de l’État qu’était profondément Michel Didisheim, la Fondation Roi Baudouin ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.