La juge a annoncé une décision pour la fin du mois. Le demandeur, Damien Keutgen, gérant de deux agences de voyage en province de Liège, conteste le rétablissement de la quarantaine au retour de vacances, obligatoire depuis le 18 décembre, estimant la mesure disproportionnée. Il conteste aussi les codes couleurs attribués aux destinations, considérant qu'ils ne sont pas établis sur base des données épidémiologiques réelles de certains pays. A l'heure actuelle, toutes les personnes revenant de séjours à l'étranger dans des "zones rouges" doivent se placer en quarantaine et se plier à un double testing au Covid-19. "La situation épidémiologique réelle de certains pays n'est pas prise en compte, principalement pour la zone hors Europe. Le code rouge est placé pour certaines destinations uniquement par principe, pour décourager les voyages. Il suffit, à cet égard, de comparer la carte du monde établie par la Belgique avec celle établie par l'ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control) pour comprendre que la carte belge ne reflète pas la réalité", a soutenu Me Audrey Lackner, conseil du demandeur.

"Il faut savoir, concernant les chiffres de l'épidémie, que l'État obtient parfois des informations plus récentes que celles de l'ECDC, ce qui explique les différences", a répondu à cet argument le conseil de l'État belge, Me Emmanuel Jacubowitz. "Il faut aussi savoir que toute une série d'autres critères sont pris en compte et que l'État belge fait tout ce qu'il peut pour empêcher la survenance d'un mal. Les décisions sont prises dans un but de prudence et de précaution", a-t-il dit.

Pour Me Lackner, l'État belge et la Région wallonne ne démontrent pas que les voyages auraient un impact dans la propagation du virus, ce qui conforte, selon elle, le caractère disproportionné de la mesure de quarantaine. "Le taux de positivité des voyageurs revenant de zone rouge est actuellement de 3%. Or, le taux de positivité de la Belgique est de 7%. Ceci veut bien dire que les Belges qui sont partis à l'étranger se font moins contaminés que s'ils restaient en Belgique", a plaidé l'avocate.

"Par ailleurs, concernant la quarantaine, la Commission européenne a établi des recommandations le 2 décembre 2020 indiquant que cette mesure était inutile dès lors que le virus circulait déjà dans le pays d'origine. D'autres études scientifiques vont en ce sens", a-t-elle ajouté.

De leur côté, les défendeurs ont évoqué le principe de séparation des pouvoirs, qui implique qu'un juge ne peut pas enjoindre une autorité publique de prendre certaines mesures législatives ou de les modifier d'une manière déterminée, sauf si la demande porte sur la préservation d'un droit subjectif.

Me Patricia Minsier, conseil de la Région wallonne, a également contesté l'urgence qui justifie un recours en référé. "Un simple préjudice financier ne suffit pas pour invoquer l'extrême urgence à agir. Et les chiffres des départs en vacances montrent que la diminution des ventes de voyages ne correspond pas au moment de l'amorce de la quarantaine", a-t-elle argumenté.