La Belgique retient son souffle. A quelques jours d'un important comité de concertation, les Belges se demandent si oui ou non ils bénéficieront de davantage de liberté pour célébrer les fêtes de fin de d'année. Outre la demande d'un assouplissement de la règle de la bulle de 1, certaines voix se sont élevées pour réclamer la réouverture des commerces non-essentiels. Invoquant la période "cruciale" que représente le mois de décembre pour le secteur, Comeos a estimé dans La Libre que les magasins devraient rouvrir leurs portes dès samedi "pour éviter la catastrophe". Si la décision finale revient aux autorités qui se réuniront ce vendredi pour un nouveau comité de concertation, les experts se sont déjà positionnés quant à un potentiel déconfinement. Ce que l'on peut dire actuellement, c'est qu'au nord et au sud du pays, le discours n'est pas (du tout) le même...

Le porte-parole interfédéral francophone, Yves Van Laethem, s'est prononcé ce dimanche 22 novembre en faveur de la réouverture des commerces non-essentiels. "Vu la baisse des chiffres, une réouverture est possible pour la mi-décembre avec des mesures appropriées", a-t-il estimé au micro de la RTBF. Il a ainsi évoqué la possibilité de pouvoir se rendre dans les magasins uniquement sur rendez-vous ou de limiter strictement le nombre de clients par enseigne. Interrogé par nos confrères de La Capitale, il a ajouté que ce secteur devrait être le premier concerné par le déconfinement. S'ensuivrait ensuite celui des professions de contact. L'horeca devrait encore quelque peu attendre avant de pouvoir espérer accueillir à nouveau des clients, selon l'infectiologue.

Un point de vue que partage l'épidémiologiste Yves Coppieters. "Les annonces vont dans le sens d’un déconfinement, a-t-il estimé auprès de La Capitale. Pour être prudent, il vaut mieux attendre mi-décembre car il y aura beaucoup moins de transmissions par rapport au début du mois."  C'est à cette date que les "petits commerces non essentiels" devraient pouvoir rouvrir leurs portes, selon le professeur de santé publique de l'ULB.    

"Surtout pas maintenant"    

Du côté du porte-parole interfédéral néerlandophone, le ton est différent. "Assouplir n'est pas une bonne idée", a confié Steven Van Gucht à Het Nieuwsblad. Rappelant que les chiffres ne diminuaient pas aussi rapidement que lors de la première vague, le virologue de Sciensano a appelé à conserver la rigueur nécessaire pour pouvoir atteindre un nombre de contaminations quotidiennes acceptable. "On risque de rester coincé sur un plateau (si nous déconfinons maintenant, ndlr.), a-t-il ajouté. Nos chiffres seront bientôt en dessous de la moyenne néerlandaise. Nous devons maintenant utiliser cet élan pour atteindre un niveau beaucoup plus bas."

Le biostatisticien Geert Molenberghs (UHasselt, KULeuven) a également vivement demandé à ce qu'on ne procède pas à un assouplissement des mesures dans un futur proche. "Il ne faut surtout pas faire ça maintenant", a-t-il mis en garde. Selon l'expert néerlandophone, la situation actuelle ne permet pas de déconfiner. "Il y a encore de nombreuses contaminations, a-t-il conclu auprès de nos confrères du Nieuwsblad. Cela signifie que nous redémarrerions à un niveau encore très haut. Si les choses tournent mal, les hôpitaux se rempliront très vite, sachant qu'ils ne sont pas encore assez vides."    

Ce n'est pas la première fois que les scientifiques du nord et du sud du pays affichent leur désaccord. Cet été, les néerlandophones ont fustigé le comportement de certains experts qui refusaient d'admettre que la Belgique faisait face à une seconde vague de coronavirus et qui prônaient le relâchement de certaines restrictions.