Plusieurs antispécistes se sont récemment donné rendez-vous en pleine nuit sur un parking quelque part en Belgique. Leur but? S'introduire dans un élevage de lapins et sauver le plus d'animaux possibles d'une mort certaine. 

Selon la RTBF, il ne leur a fallu que quelques minutes pour emporter une centaine de lapins dans leurs voitures. Ils se sont ensuite enfuis à bord de leur véhicule respectif le plus vite possible afin de ne pas se faire repérer. Dès le lendemain, ils ont commencé à répartir les petits mammifères dans des familles d'accueil. Vu leur efficacité, ils n'en étaient probablement pas à leur coup d'essai. Selon le média, il y aurait déjà eu quatre actions de ce type cette année en Belgique.

L'antispécisme, c'est quoi?

Si l'antispécisme existe depuis les années 70, il est de plus en plus médiatisé ces dernières années. Pour faire simple, les antispécistes s'opposent à la doctrine selon laquelle les intérêts de notre espèce devraient passer avant les intérêts des autres espèces existantes. Au contraire, les antispécistes "accordent une considération égale aux intérêts de tous les êtres qui éprouvent des sensations, qui sont sensibles à la douleur et au plaisir".

Selon l'association de défense des animaux L214, le spécisme est "une discrimination injustifiable (...) mais également une idéologie culturelle qui imprègne profondément notre société et autorise l'exploitation et la tuerie des animaux en les excluant de notre sphère de considération morale. Notre culture distingue les hommes des animaux, comme si nous n'étions pas nous aussi des animaux." Et de poursuivre: "Lorsqu'un couteau sert à tuer une personne, on parle d'arme, lorsqu'il sert à tuer un animal, on parle d'outil. Les mots 'meurtre' ou 'assassinat' sont d'ailleurs bannis voire tabous lorsqu'on parle de non-humains. (...) Notre culture véhicule constamment l'idée que les animaux sont absolument différents de nous et que, pour cette raison, ils ne comptent pas. Dès lors, on peut les élever et les tuer par milliards sans que cela ne pose de problème moral".

L'antispécisme est cependant à différencier du véganisme ou végétarisme. Ainsi, tous les végans et végétariens ne sont pas forcément antispécistes. 

Les antispécistes veulent donc attirer l'attention sur la domination animale. Pour ce faire, certains militants ne lésinent pas sur la méthode afin de faire changer les mentalités coûte que coûte. Ils n'hésitent donc pas à mener des actions illégales. 

Sauvetage ou vol?

Comme le rappelle la RTBF, même si les antispécistes veulent sauver les animaux d'un funeste destin, il s'agit bel et bien d'un vol. Ils risquent d'ailleurs une peine de prison d'un mois à cinq ans, ainsi qu'une amende pouvant aller jusqu'à 3.000 euros ou une peine de travail qui peut aller jusqu'à 300 heures.

Mais, en général, ces lourdes peines ne suffisent pas à décourager les activistes les plus déterminés qui sont prêts à prendre tous les risques pour s'introduire dans les élevages et délivrer les animaux. "C'est quoi à côté de toute une vie en cage?", se demande l'un d'eux à la RTBF. Pour éviter de se faire prendre, ils prennent toutefois les précautions qui s'imposent. Cela va du repérage préalable des lieux, à la tenue noire en passant par le camouflage de la plaque de voiture.

En embarquant les animaux, ils causent évidemment un préjudice au propriétaire. Dans ce cas-ci, l'éleveur lésé estime le préjudice à 2.000€. Il a d'ailleurs porté plainte. Mais ce qui l'énerve encore plus, c'est qu'il avait investi dans son élevage pour le bien-être des animaux. Selon Catherine Colot, chargée de mission aviculture-cuniculture auprès du collège des producteurs, les éleveurs doivent respecter un cahier des charges strict en matière de bien-être animal. Si des cadavres de lapins étaient visibles dans la vidéo tournée par les antispécistes, ce n'est pas parce que les lapins étaient maltraités mais parce que la mortalité augmente en période de sevrage, explique l'exploitant concerné. D'ailleurs, tous les éleveurs essaient de diminuer la mortalité au maximum, indique la fédération. "De telles actions démoralisent les éleveurs, ils ont besoin d'être soutenus, c'est un métier qu'on est en train de saccager", conclut-elle à la RTBF.