Elles s’appelaient Lutgarde, Ellen, Leila, Sally, Mia, Isabelle, Barbara, Julie, Eliane, Céline, Dominique, Sabrina, Nancy, Jessica, Fatima, Valentine, Elodie, Daniëlle et Lesley. C’est au total 19 femmes qui ont été assassinées par leur compagnon ou ancien compagnon depuis le début de l’année. L’an dernier, elles étaient 37. En 2017 : 40. Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit bien de féminicides et non de “crimes passionnels” comme on peut parfois l’entendre.

Le terme “féminicide”, qui désigne le meurtre d’une femme ou d’une fille lié au fait qu’elle soit de sexe féminin, entre dans le Petit Robert en 2015. Pourtant il n’est toujours pas inscrit dans le Code pénal et n’est donc pas reconnu juridiquement. Un mot qui fait donc encore débat, malgré l’urgence de la situation.

Des collages pour faire réagir

Pour attirer l’attention du public sur ces meurtres ciblés, un petit groupe de personnes prend possession depuis quelques semaines des rues de Bruxelles avec des phrases choc collées sur les murs. Ce mouvement de collages contre les féminicides est né à Paris au mois d'août en réaction au 100ème cas de l’année et s’est rapidement répandu en France. Depuis septembre, le mouvement est apparu à Bruxelles à l'initiative d’une demi-douzaine de copains.“On a voulu étendre l'action chez nous pour interpeller aussi la Belgique sur sa gestion de ces violences. Chez nous, les chiffres sont aussi importants qu'en France, voire plus proportionnellement et l'urgence est concrète ici aussi.” nous confie l’une des fondatrices.

© Clara Lou

Peu d’actions de l’Etat Belge

Les chiffres alarmants des féminicides ne sont pas fournis par l'Etat, malgré une obligation stipulée dans la Convention d’Istanbul (traité international) que la Belgique a ratifiée en 2016. Ces chiffres ont été établis d'après des coupures de presse récoltées par des associations concernées, comme le collectif Stop Féminicides. “Nous voulons rappeler que selon cette convention l'Etat est coupable des violences faites aux femmes lorsqu'elles sont non ou mal prises en charge, au même titre que l'agresseur” précise le collectif. Pour sensibiliser la population sur cet état d'urgence et l'inviter à s'indigner de ces violences faites aux femmes, le groupe se réunit régulièrement pour des sessions de création d’affiches et de peinture où tout le monde est bienvenu. Pour celles et ceux qui sont plus à l’aise, des sessions de collage en rue sont organisées 2 à 3 fois par semaine. “On discute beaucoup ensemble pour que tout le monde soit à l'aise avec ce qu'il fait et que le message soit clair.” précise l'organisation.

“On voudrait que ça soit reconnu comme une vraie violence systémique”

“Etre une femme tue”, “on ne veut plus compter nos mortes”, “elle le quitte, il la tue” sont quelques unes des phrases poignantes qui sont visibles sur les murs de Bruxelles. Selon les organisateurs, s’approprier l'espace public leur permet d'avoir une marge de sensibilisation concrète et plus de visibilité au quotidien. S’ils n’ont encore jamais été confrontés à la police, ils font face à des réactions variées lors de leurs actions en rue. Certains passants les félicitent ou les remercient, d’autres sont indignés. “Une fois une femme nous a carrément insultés et dit qu'elle allait porter plainte. Je lui ai dit de s'approcher et de lire le message: ETRE FEMME TUE. Elle n’a plus rien dit. Je ne sais pas si elle a compris ou si elle a juste été choquée, ou même si elle est rentrée chez elle appeler la police. Mais en tout cas ça fait réagir et c'est le principal.” nous confie l’une des participantes de Collages Féminicides.

© Clara Lou

Des collages qui sont donc loin de faire l’unanimité malgré des messages qui dénoncent des meurtres violents. “On n'est pas dans un but d'imposer ces affiches coûte que coûte. On n'agresse personne. Mais quand on voit nos affiches arrachées à peine 5 heures après, ça fait bizarre. C'est pas comme si on écrivait des messages de haine. C'est fou que les gens fassent les autruches et ne se sentent pas un minimum concernés. Mais c'est pour ça qu'on continue,” avoue la photographe du groupe.

Tous les collages sont visibles sur la page instagram du collectif Collage Féminicides Bruxelles.