La professeure de l'Université d'Anvers a vivement critiqué la structure de décision belge: "L'éparpillement des compétences, le nombre de ministres, les tiraillements et les discussions sans fin entre niveaux de pouvoir ont été un 'killing factor' dans l'épidémie." Erika Vlieghe a travaillé pour un premier comité scientifique, avant de siéger au sein de la cellule d'évaluation fédérale (Celeval) et de présider le Gees. Elle a désormais intégré l'équipe du commissaire corona Pedro Facon, pour lequel elle travaille à 60%. "C'est la première fois que je dispose d'un contrat", a-t-elle d'ailleurs fait remarquer.

Pendant la première vague, "il n'y a jamais eu de mandat vraiment écrit ni de mode opératoire clair. Ce fut une pierre d'achoppement pour les organes d'avis", a constaté Erika Vlieghe. "Ce comité scientifique était une bonne idée. Nous avons fait de notre mieux mais ce n'était pas clair. Lorsque vous impliquez des externes dans une politique, il faut que le cadre dans lequel ils travaillent le soit", a-t-elle suggéré.

Selon elle, les difficultés vécues lors de la première vague de la pandémie étaient davantage dues à la structure de décision qu'à la mauvaise volonté des acteurs autour de la table. Erika Vlieghe a ainsi salué le "good will" (bonne volonté) des différents intervenants.

"Mais avec tous ces organes, on avait compris qu'on se dispersait un peu. Personne n'était heureux de cet éparpillement. Depuis lors, un nouveau commissariat a été créé, dont une de ses missions est de rationaliser. Ce travail est toujours en cours".

Et au niveau politique, "huit ministres de la Santé, ce n'est pas efficace, malgré toute la bonne volonté. Il faut un capitaine qui décide du cap. Ça a manqué", a-t-elle déploré, se refusant à pointer un ministre ou un niveau de pouvoir en particulier. "L'éparpillement des compétences santé, le nombre de ministres, les tiraillements et les discussions sans fin entre niveaux de pouvoir ont été un 'killing factor' dans l'épidémie", a-t-elle dit.

Au début de la pandémie, "je n'ai pas vu ce sens de l'urgence", a-t-elle poursuivi. "Certaines communications m'ont choqué. La ministre (Maggie De Block, ndlr) disait à la télé "nous sommes prêts', ce n'était pas vrai. Je n'ai pas compris pourquoi elle disait cela."

Erika Vlieghe a ensuite fustigé le fonctionnement de la Celeval renouvelée et élargie, dont l'avis a servi de base aux décisions du Conseil national de Sécurité de la fin septembre, le dernier de la Première ministre Sophie Wilmès. "Souvent, j'étais quelqu'un qui criait dans le désert dans ce Celeval 2. Il avait une composition tellement diverse que nous ne pouvions plus formuler un avis épidémiologique. Il y avait cette polarisation à outrance du débat public. Et les décisions du CNS du 23 septembre sont sorties du contexte épidémiologique. Tout cela a fait qu'on a perdu du temps. J'ai souvent eu l'impression qu'on défendait trop peu la santé publique, voyant beaucoup de défenseurs de l'économie. Pourtant, quand on agit plus tôt, on peut prendre des mesures de plus courtes durées. On serait dans une situation bien plus favorable à l'heure actuelle."

Faut-il deux organes d'avis? "Je le pense bien", a-t-elle toutefois nuancé, plaidant pour une une articulation entre le Risk Assesment Group (RAG), chargé de l'évaluation de la situation, et un autre groupe chargé de formuler les propositions concrètes.

Erika Vlieghe a également plaidé pour la transparence et la publication des différents rapports. "Cela contribue à la qualité des avis".