C’est une des raisons pour lesquelles l’hécatombe s’est propagée. Une analyse de Sciensano, publiée dans la correspondance du Lancet, montre que sur 280 427 personnes (résidents et personnel) testées dans 2 042 "établissements de soins de longue durée" (essentiellement des maisons de repos, mais aussi des institutions pour personnes handicapées) entre le 8 avril et le 18 mai 8 343 personnes étaient positives au coronavirus, soit 3 %.

Surtout, parmi ces 8 343 positifs, 6 244 personnes ne présentaient pas de symptôme de Covid-19 au moment du test. Ce qui veut dire que ces asymptomatiques - qu’ils fassent partie du personnel ou des résidents - représentent 75 % des cas positifs, souligne Yves Coppieters, président de l’École de santé publique de l’ULB. "Ils ont pu jouer un rôle très important dans la transmission dans les maisons de repos, où le virus a été particulièrement meurtrier." Au début de l’épidémie, en ne généralisant pas les tests PCR (qui mesurent la présence ou non du virus dans le corps via un écouvillon enfoncé dans chaque narine) aux personnes qui ne manifestaient pas de symptômes, on est sans doute passé à côté d’un grand nombre de porteurs contagieux.

"Il faut poursuivre les dépistages massifs"

Aujourd’hui, le virus continue à circuler dans les maisons de repos : 20 % des cas testés positifs sont des résidents. "La transmission est toujours effective : il n’y a pas de raison de ne pas poursuivre les dépistages massifs. Il faut au contraire généraliser les tests de façon périodique, tant pour le personnel que pour les résidents", plaide le Pr Coppieters. "Il faut que chaque maison de repos sache où elle en est pour pouvoir identifier les résidents et les soignants avec des anticorps protecteurs, qui sont beaucoup moins à risques pour la suite de l’épidémie."