Depuis quelques jours, tous les voyants de l'épidémie de Covid-19 sont au rouge sur notre territoire. Les chiffres publiés par Sciensano ce mardi confirment cette tendance: entre le 13 et le 19 mars, 4.060 nouvelles contaminations ont été enregistrées en moyenne par jour, soit une hausse de 41% par rapport à la semaine précédente. Les décès et les hospitalisations connaissent également une augmentation notable.

Face à cette situation critique, les experts ont fait le point au cours d'une conférence de presse ce mardi à 11h.

"D'entrée de jeu, on peut dire que rouges sont les chiffres, et rouge est la carte", a d'emblée mis en garde Yves Van Laethem, avant de rappeler les chiffres du jour. "600 patients sont hospitalisés en soins intensifs, ce qui est deux fois plus qu'il y a cinq semaines, juste avant la Saint-Valentin", a-t-il déclaré, d'un ton grave. "Ce sont des chiffres élevés, ce sont des chiffres d'une même grandeur que ceux que l'on a connus en septembre/ début octobre, avant la deuxième vague". 

"Actuellement, l'accélération de ces augmentations n'est pas encore - et on espère qu'elle ne le sera pas - aussi forte que lors de cette deuxième vague. Nous n'avons pas de phase exponentielle, et le doublement des chiffres s'opère actuellement tous les 14 jours, alors qu'il y avait un doublement toutes les semaines au début de la deuxième vague", a-t-il poursuivi. "Mais le virus est toujours très clairement bien là, même s'il est talonné par la vaccination'. 

"Cette recrudescence, nous pouvons toujours agir pour la maîtriser. Tous les efforts pour limiter nos contacts sont importants. Des mesures sévères peuvent apporter une solution, bien sûr, mais ce ne sont pas les mesures qui sont importantes, mais plutôt la manière dont nous les intégrons dans notre mode de fonctionnement", a-t-il expliqué. 

Augmentation des nouvelles contaminations dans tout le pays    

L'expert a ensuite fait le point sur le nombre de nouvelles contaminations: "Au cours de la dernière semaine, il y a eu 4.060 nouveaux cas. Ceci représente une augmentation très importante de 41% sur une base hebdomadaire". Le nombre de tests est important à l'heure actuelle (57.000 tests par jour), et il y a toujours une positivité de l'ordre de 7,5%. "Pendant la période de plateau, ce taux était de 5,5 à 6%, et depuis une quinzaine de jours, nous avons grimpé jusqu'à 7,5%", a expliqué Yves Van Laethem.  
 
 
  

"Cette augmentation que nous voyons pour l'instant est plus importante que celle que nous avons constatée lors des autres vaguelettes qui ont marqué la fin de la deuxième vague", a poursuivi l'expert. "Sur les dernières semaines, nous avons eu à trois reprises plus de 5.000 nouvelles infections par jour. Le risque de contaminations est donc aujourd'hui particulièrement élevé: le plus élevé depuis quatre mois, soit depuis la fin de la deuxième vague", a mis en garde l'expert. "Ceci veut dire que pour les personnes à risques, il faut faire particulièrement attention en attendant de se faire vacciner. Il faut également garder en tête que le fait de recevoir un vaccin ne veut pas dire qu'on ne peut pas se faire infecter: il faut un temps nécessaire après la première vaccination, voire la deuxième, avant d'être relativement bien protégé", a expliqué l'expert.
Yves Van Laethem a toutefois noté une certaine stagnation dans les nouvelles contaminations entre ce lundi et ce mardi, mais les chiffres des prochains jours devront confirmer si ce phénomène n'est pas un "sursis temporaire". 

Les augmentations des nouvelles contaminations se manifestent dans toutes les tranches d'âge, y compris chez les personnes les plus âgées (+ de 90 ans). "Les plus fortes augmentations se manifestent essentiellement dans les populations les plus jeunes, chez les enfants (+56%) et les adolescents (+60%)", a détaillé le porte-parole interfédéral. "Ce qui fait qu'actuellement, un cas sur quatre se manifeste dans ces tranches d'âge".
S'il est vrai que l'on réalise plus de tests chez les enfants, il faut noter que la positivité de ceux-ci est tout de même plus importante que chez les personnes plus âgées.

Par ailleurs, les augmentations des nouvelles contaminations sont observables dans toutes les régions et provinces, de manière très marquée. "La province de Liège a l'augmentation la moins prononcée (+27%) et le Brabant wallon a eu augmentation importante de 69%. C'est dans le namurois que l'on a le taux d'infection le plus élevé actuellement, avec 669 cas par 100.000 habitants sur 14 jours. Ceci est de l'ordre de une fois et demi la moyenne belge. Le namurois est suivi par la Région bruxelloise, la Flandre orientale, et le Hainaut".

Hausse des hospitalisations   

Au niveau des hospitalisations, la courbe est en train d'augmenter. "Le samedi 20 mars, il y a eu 243 nouvelles admissions. C'est actuellement le chiffre quotidien le plus élevé depuis le début de cette année 2021", note l'expert. L'occupation hospitalière continue donc lentement mais imperturbablement d'augmenter.
Sur le total des patients hospitalisés, un quart d'entre eux séjourne en soins intensifs. "Nous avons actuellement un temps de doublement d'un mois. Au rythme actuel de doublement, on devrait atteindre le seuil symbolique de 1000 patients aux environs de la mi-avril", a expliqué l'expert. 
 
   

Concernant les décès, il y a pour la première fois depuis longtemps une légère augmentation (+2%). "A nouveau, cette augmentation se manifeste au niveau de la tranche d'âge des 65-74 ans", détaille l'expert.

Depuis le 22 mars, les hôpitaux sont passés en "phase 1B", ce qui signifie qu'ils doivent réserver 50% de leurs lits aux soins intensifs pour les patients Covid. Pour ce faire, ils doivent reporter certaines interventions. Mais Yves Van Laethem répète qu'il ne faut pas reporter des soins liés à des symptômes inquiétants, ou reporter des traitements ou les diagnostics dans le cadre de pathologies graves comme le cancer ou le diabète. "Ne remettez pas votre traitement à plus tard", a conseillé le porte-parole interfédéral. 
 

Le cap du million de vaccins dépassé   

La porte-parole de la taskforce vaccination, Sabine Stordeur, a ensuite pris la parole. Elle a rappelé l'importance de se faire vacciner, afin de rapidement retrouver une vie normale: "En se faisant vacciner, chacun contribue au bien-être de tous". 
Ce mardi, nous avons atteint la barre symbolique du million de personnes vaccinées:  "Avec ce cap franchi, nous pouvons doucement commencer à considérer l'étape suivante", a déclaré Sabine Stordeur.
 

Le point sur la situation dans les écoles

Interrogé sur la situation inquiétante dans les écoles, Yves Van Laethem a tenu à temporiser: "La situation dans les écoles est le miroir de la société et de l'épidémie, plutôt que le "driver" de l'épidémie. Le nombre de clusters dans les écoles est environ similaire à celui observé dans les entreprises". Au niveau de la vaccination potentiellement prioritaire des enseignants, l'expert a rappelé la stratégie belge, qui veut se focaliser d'abord sur les personnes âgées et à risque. Il a ensuite expliqué qu'il serait difficile de vacciner tous les enseignants en priorité: "Le volume du personnel enseignant est significatif (1/2 million de personnes), donc c'est un nombre important de personnes à vacciner avec un nombre réduit de vaccins. Si l'on donne la priorité aux enseignants, cela veut dire qu'on donne moins de vaccins aux personnes à risques", s'est justifié Yves Van Laethem. 
 

Un reconfinement est-il envisageable?   

Interrogé sur la nécessité de prendre des nouvelles mesures, voire d'imposer un nouveau confinement face aux chiffres inquiétants des derniers jours, Yves Van Laethem a préféré jouer la carte de la prudence. S'il a estimé qu'il était indubitable de "faire quelque chose" pour éviter que la situation ne s'emballe, il dit préférer attendre de voir si les mesures prises vendredi dernier en Comité de concertation seront suffisantes avant d'envisager de nouvelles mesures. Au niveau des potentiels durcissements, cela pourrait être l'addition de nouvelles mesures limitant certaines activités. Si ces durcissements ne sont pas suffisants, alors des mesures plus drastiques, comme un "mini lockdown", pourraient être envisagées. "Toute mesure plus importante et plus drastique qui touche tous les secteurs donne un impact plus rapide, mais un impact qui est contrebalancé par un coup: un coup sociétal, psychologique et financier. Il est donc du ressort du politique de décider ce qui est le plus adéquat pour la société en général", a déclaré l'expert, sans se prononcer sur la durée d'un tel "lockdown".