Ce jeudi, dans les couloirs de l’unité des soins intensifs de l’hôpital UZ Brussels à Jette, l’un des plus impactés du pays par le Covid, aucun millimètre de peau ne doit être découvert avant de pénétrer derrière les grandes portes blanches des unités Covid. C’est vital. Pour sa protection mais aussi pour celle des autres. "Depuis la fin de la première vague, on n’a pas arrêté, on a dû rattraper les soins qui n’avaient pas pu être effectués. Je pense que ça va repartir comme en avril mais on aura moins d’armes pour faire face", lâche Julien, infirmier, entre deux soins.

À peine remis d’une première vague éprouvante, le personnel doit faire face à un afflux de patients Covid de plus en plus massif depuis quinze jours. Ici, on ne mâche pas ses mots, le politiquement correct n’a pas sa place : la deuxième vague de patients est bel et bien là, et il faut faire face.

Transferts mais pas sans embûches

À partir de ce mercredi, la phase 1B du plan d’urgence hospitalier sera activée comme dans tous les hôpitaux bruxellois. Ce qui signifie que 50 % des lits aux soins intensifs sont désormais dédiés aux malades Covid-19. "On a besoin de 18 lits pour Covid et 18 non-Covid et 72 pour Covid non-soins intensifs. Nous avons deux salles dédiées au Covid, une pleine et l’autre quasi, on va donc en libérer une troisième", explique le docteur Elisabeth De Waele, qui dirige l’unité des soins intensifs de l’UZ Brussel. Si le transfert de patients vers d’autres hôpitaux est déjà une réalité, il ne se fait pas sans embûches. Comprenez, il n’est pas toujours évident d’envoyer un patient bruxellois à Namur, pour des raisons de santé mais aussi logistiques. "Les unités se remplissent partout, quand on change de province, ça commence à gêner. Et ça devient dangereux de les transporter quand ils sont gravement atteints mais il faut rester solidaires entre nous", indique un urgentiste.

La prochaine étape, tout le monde la redoute et personne ne souhaite la connaître. À partir de la phase 2A, des lits supplémentaires seront créés. Mais elle ne sera pas sans impact pour les soins non-Covid. "Il y a deux semaines, je n’aurais jamais imaginé penser à activer la phase 2, il y a cinq ans encore moins", souffle Elisabeth De Waele. "Les plans sont là, ce n’est pas encore la panique mais on ne pourra pas tenir encore longtemps si ça continue. Le message est clair : il faut arrêter de créer des patients, il est urgent d’en prendre conscience." Et pour cause, les murs des hôpitaux ne sont pas étirables à l’infini, "la solidarité et la collaboration entre hôpitaux de différentes provinces seront donc vitales", conclut le Dr Duc Nam Nguyen, chef de clinique aux soins intensifs Covid.

Les chiffres

Ce dimanche, Sciensano a annoncé que le nombre d’admissions à l’hôpital était en hausse de 96 % par rapport à la période précédente, il a donc doublé en une semaine. Ce samedi 17 septembre, 2 255 lits d’hôpital étaient occupés par des cas de coronavirus, contre 1 257 une semaine auparavant (+79 %). L’occupation dans les unités de soins intensifs a augmenté de 226 à 381 lits lors de la même période (+69 %). La deuxième vague est là.