Dans le rapport de l'experte Leïla Belkhir, auquel la RTBF a eu accès, de nombreux problèmes sont soulignés. Le problème majeur, cependant, reste la sous-estimation de l'émergence du virus et le retard avec lequel ont été prises des décisions fortes.

En Belgique, le premier cas n'est détecté que le 4 février. C'est plus d'une semaine après les premiers cas européens déclarés par la France dès le 24 janvier 2020. Mais à qui la faute si rien n'a été fait tout de suite ? Le Centre national de référence pathogènes respiratoires de l'UZ Leuven devait-il alerter les autorités ? Quid du "plan d'urgence pandémie grippale", toujours pas appliqué plus de 10 ans après sa création ?

Pour l'experte, chaque hôpital et chaque médecin ont dû s'adapter de façon individuelle, faute de plan opérationnel standardisé au niveau national.

Il a fallu attendre le 10 mars et une autorisation délivrée par le fédéral pour que les patients confirmés de covid-19 ne doivent plus être transférés au sein des deux hôpitaux de référence, le CHU Saint-Pierre et l'UZ Antwerpen. L'experte estime d'ailleurs que " n'avoir que deux hôpitaux de référence s'est avéré totalement insuffisant ".

Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là : capacité de testing insuffisante, médecins sans formation sur la gestion ou la préparation d'une pandémie, manque de personnel infirmier, disparités dans la prise en charge aux soins intensifs entre hôpitaux... La liste des erreurs et manquements est bien longue.

Le testing, le nerf de la guerre

Les erreurs en termes de testing se sont multipliées. Mais selon l'experte, l'erreur de départ a été de ne désigner qu'un seul laboratoire de référence pour le test. Pendant plusieurs semaine, les capacités de testing ont donc été limitées, et les critères pour prétendre à un test étaient très stricts. Jusqu'au 16 avril, on ne testait que "les  cas sévères et les professionnels de santé avec de la fièvre".

" La recherche de solution pour augmenter la capacité de testing fut un énorme fiasco ", explique le rapport, expliquant que l'absence de dialogue avec les professionnels a causé de nombreux soucis. 

Le rapport souligne aussi que les différentes pénuries, que ce soit de réactifs ou d'écouvillons, le manque de vitesse pour valider et sélectionner les tests sérologiques, ainsi que leurs critères de remboursement n'ont pas permis de développer une stratégie efficace de testing.

D'un point de vue global, le manque de matériel de protection et de qualité dans le matériel reçus a été un soucis. " Le fait qu’il n’y ait pas de réserves centrales est un problème majeur ".

La communication mise en cause

L'experte ne mâche pas ses mots en ce qui concerne la communication : " La communication a été, n’ayons pas peur des mots, catastrophique depuis le départ".

Pour Leïla Belkhir, les décisions étaient prises de manière trop opaques, et les professionnels de la santé en ont souffert. La multiplication des groupes décisionnels (GEES, CELEVAL, CNS, Sciensano, RMG et autres task forces) a également participé à cette confusion. Les mesures, une fois prises, n'étaient pas expliquées de manière assez pédagogique, ce qui explique pour l'experte une " perte d’adhésion progressive de la part de la population ".

Et dans le futur ? 

Ce rapport contient également plusieurs propositions et recommandations afin d'aborder une éventuelle pandémie ultérieure d'une meilleure manière. 

L'experte plaide donc pour la constitution d'un "groupe pandémie permanent", composé de scientifiques et de soignants de terrain, en plus de chercheurs des différents hôpitaux universitaires belges. Les réunions, hors contexte épidémique, s'organiseraient de manière annuelle et l'absence des médecins traitants, en première ligne, ne pourra plus être tolérée à ces dernières. 

Le nombre d'infirmiers et d'infirmières nécessaires pour le bon fonctionnement des hôpitaux devrait également être revu à la hausse et un soutien psychologique devrait être mis en place en cas de nouvelle pandémie. Enfin, il faudra anticiper le matériel et le personnel nécessaire pour le testing, en plus de s'assurer que plusieurs laboratoires puissent développer et réaliser de tests.