"Aujourd'hui est un étonnamment bon lundi", explique Toon, âgé de 49 ans, sur Twitter. Ce matin, alors qu'il accompagnait son père au centre de vaccination du Heysel, l'homme a pu être lui aussi vacciné. "Lors de son inscription à l'enregistrement, l'aimable steward a demandé si je voulais peut-être me faire vacciner avec mon père", raconte Toon.

Dans une série de tweets, il explique avoir pu se faire vacciner dans le même box que son père, photo à l'appui. "J'ai apprécié un moment inattendu de rapprochement père-fils", plaisante-t-il, ajoutant avoir même reçu une praline en sortant.

Plusieurs internautes ont rapidement fait part de leur incompréhension face à cette publication. "Donc si je conduis mon père à la vaccination, je suis prioritaire?", écrit un internaute, tandis qu'un autre souligne le côté injuste de la chose : "C'est aussi simple que ça de passer devant tout le monde et prendre une dose destinée au public cible ?".

Alors, comment l'expliquer ?

Interrogé par la RTBF, l'homme revient sur ce qu'il s'est passé : "J’ai dû avoir un coup de bol, je n’ai pas demandé, c’est la dame au guichet qui a dit 'Etes-vous intéressé ? Les accompagnateurs qui font partie de la bulle de la personne à vacciner peuvent avoir le vaccin'".

Selon Sabine Stordeur, coresponsable de la Taskforce vaccination, ce n'est pas du tout une approche qui a été recommandée par la Taskforce vaccination. "A mon avis, c'est une initiative propre soit au centre, soit à la personne qui a accueilli la personne âgée. Je ne sais pas du tout quelles instructions cette personne a reçu pour pouvoir intégrer l'accompagnateur", explique-t-elle.

De son côté, Emin Luka, le COO de Brussels Expo s’est expliqué au micro de la RTBF pendant le JT de 13h : “Il y a eu un briefing ce matin, pour que les personnes qui accompagnent des personnes avec des soucis de mobilité puissent aussi se faire vacciner”. Cette possibilité, mise en place dans le but de vacciner un maximum de Belges, lors des journées assez calmes au centre de vaccination du Heysel, n’est pourtant supposée concerner que les accompagnants âgés de plus de 60 ans. “Un petit souci de briefing très vite rectifié”, assure Emin Luka.

Respect du public cible avant tout

Pour Sabine Stordeur, de telles prises de liberté peuvent être dangereuses. "Évidemment, c'est dangereux, parce que maintenant toute personne âgée va se faire accompagner par une personne plus jeune, en se disant qu'elle pourra potentiellement être vaccinée, et ce n'est pas du tout l'optique qui a été prévue", souligne-t-elle.

Si c'est bel et bien la première fois que la coresponsable de la Taskforce entend qu'un accompagnant a pu se faire vacciner sous prétexte d'un respect de bulle, Sabine Stordeur rappelle que suite aux nombreux couacs liés au programme informatique envoyant les convocations, une optique d'ouvrir plus largement le centre de Heysel avait été adoptée. "Mais toujours en respectant le public cible, à savoir les catégories de personnes de la phase 1A".

"A côté de ça, on a reçu beaucoup de demandes de patients prioritaires ou de la part de personnes qui ont une fonction d'aidant proche et que nous avons dû refuser, sinon on ouvrait de manière trop large la perspective de vaccination anticipée. Cette proposition est un petit peu... sauvage", ajoute Sabine Stordeur. "Je vais interroger les organisateurs et les planificateurs de centre du Heysel, pour quand même rester dans les lignes de la stratégie de vaccination", conclut-elle.

S'il a bel et bien été chanceux, la vaccination de cet homme pose donc bien des questions quant au respect, sur le terrain, de la stratégie de vaccination.