La mission opérationelle du dernier détachement belge encore présent à Mazar-i-Sharif (nord de l'Afghanistan) dans le cadre de la mission Resolute Support (RSM) de l'Otan a pris fin le 17 mai. Le gros de ce contingent, fourni par le bataillon 12e/13e de Ligne de Spa, est rentré au pays quatre jours plus tard, a affirmé le chef des opérations à l'état-major de la Défense, le général-major Vincent Descheemaeker.

Les derniers militaires belges - l'armée a dépêché sur place une équipe pour assurer le redéploiement de ses hommes et femmes ainsi que du matériel - seront "tous rentrés pour la mi-juin", a-t-il précisé au cours d'un point de presse dans cette garnison des Chasseurs ardennais, qui ont fourni l'avant-dernier contingent, de novembre à avril derniers.

La Belgique s'est engagée militairement en Afghanistan dès mars 2002, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 à New-York et Washington, qui ont déclenché l'activation de l'article 5 du traité fondateur de l'Otan sur la défense collective.

Les alliés ont décidé en avril de mettre fin à la mission RSM de formation des forces de sécurité afghanes et se retirer totalement d'Afghanistan d'ici le 11 septembre, la date fixée par le président américain Joe Biden pour le retrait des troupes américaines alors que les négociations de paix entre les insurgés talibans et le gouvernement de Kaboul sont au point mort. Les talibans, confortés par ce prochain départ des troupes étrangères, multiplient les offensives contre les positions de l'armée afghane dans de nombreuses provinces, y compris autour de Kaboul.

Après 2002, la présence belge s'est progressivement étoffée au fil des ans pour atteindre quelque 600 personnes à son apogée, dans les années 2010 à 2012, avec l'engagement de troupes terrestres et d'avions de combat F-16 au sein de la force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF), avant de progressivement se réduire jusqu'à une septantaine de militaires au début de cette année.

"Cette mission est historique car elle conclut la participation de la Défense à la plus longue mission de son histoire", a pour sa part souligné la ministre Ludivine Dedonder (PS).

Au total, l'équivalent de 16.000 militaires y ont pris part, dont l'un - un cas unique - a effectué treize séjours en Afghanistan, soit 54 mois de sa vie, a expliqué le chef de la Défense (Chod), l'amiral Michel Hofman. Il a chiffré le coût total de ces 19 ans d'engagement aux côtés des alliés à "400 à 500 millions d'euros".

"Nous n'avons perdu personne du fait des hostilités", a souligné le "patron" de l'armée, tout en rappelant qu'un militaire était mort de maladie. Il s'agissait du caporal Alexandre Carraro, appartenant aux Chasseurs ardennais, qui était décédé en août 2009 des suites d'une méningite bactérienne alors qu'il participait à la sécurisation de l'aéroport de Kaboul.

Et pourtant, des militaires belges se sont fréquemment retrouvés dans des situations dangereuses, a rappelé l'amiral Hofman devant la presse.

"L'impact de l'appui fourni par les forces de l'Otan et de ses partenaires, combiné à celui de la communauté internationale - en ce compris les Nations unies, l'Union euopéenne, la Banque mondiale et de nombreuses ONG de par le monde - s'est fait ressentir aux niveaux des conditions socio-économiques et des droits humains en Afghanistan, où des avancées ont été matérialisées", a déclaré Mme Dedonder.

Elle a souligné que le retrait des forces étrangères ne signifie pas "la fin de notre relation avec l'Afghanistan', assurant que ce sera "au contraire le début d'un nouveau chapître", en discussion au sein de l'Otan.

Interprètes: un possible accueil pour une trentaine de cas

Une trentaine d'Afghans qui ont travaillé au profit des forces belges en Afghanistan sont susceptibles d'être accueillis en Belgique avec leur famille, a également indiqué mercredi la ministre de la Défense. Des centaines d'Afghans ayant coopéré avec les troupes de l'Otan comme interprètes ou "fixeurs" implorent leurs anciens employeurs de ne pas les oublier et de leur accorder l'asile par craintes de représailles de la part des talibans - qui les appellent à "se repentir" mais à rester au pays après le départ des forces occidentales.

"Potentiellement, une trentaine de personnes sont concernées" par un accueil en Belgique avec leur famille, a précisé Mme Dedonder (PS) au cours d'une conférence de presse à Marche-en-Famenne consacrée au retrait des derniers soldats belges.

Selon la ministre, une "analyse au cas par cas" est en cours avec les services du secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Sammy Mahdi (CD&V), compétents pour l'octroi de visas humanitaires.

"C'est très clair. Les personnes qui ont collaboré avec la Belgique durant ces nombreuses années pourront obtenir une aide (...) pour pouvoir venir dans notre pays", a-t-elle expliqué.

Elle a souligné que différents critères seraient pris en compte, comme "une certaine durée" dans la collaboration avec les forces belges et la vérification de l'existence d'une menace pour ces personnes. "Si les critères sont remplis, ils pourront demander un visa pour venir en Belgique.

Selon Mme Dedonder, une trentaine de personnes ont actuellement été identifiées comme susceptibles de pouvoir demander une aide à la Belgique. A ce jour, une seule demande a été formulée et approuvée, a-t-elle dit, précisant qu'il s'agissait d'un homme, accompagné de son épouse et de son enfant.

Leur arrivée en Belgique "sera nécessairement rapide" parce qu'un danger existe pour cette personne qui arrivera "à peu près en même temps que nos (dernières) troupes - attendues d'ici la mi-juin -, a encore indiqué la ministre. Elle s'est refusée à donner une date précise de l'arrivée de cette famille.