Pierre Van Damme (photo), vaccinologue et professeur des maladies infectieuses à l'UAntwerp, a indiqué au journal de la VRT dimanche soir que le groupe de travail pour la stratégie de vaccination cherche à savoir si nous pouvons ne donner qu'une seule dose du vaccin lors de l'injection, même avec des vaccins qui nécessitent pourtant une double dose.

Le deuxième coup de seringue serait alors donné plus tard. Un délai de 6 mois est même évoqué par certains virologues. "De cette façon, vous pouvez atteindre plus de personnes plus rapidement et obtenir l'immunité de groupe plus rapidement", a expliqué Pierre Van Damme pour justifier son idée qui fait référence à la stratégie du Québec, au Canada.

Divers experts ont rejoint l'avis de Pierre Van Damme. Herman Goossens, professeur de microbiologie, estime pour sa part que c'est un argument important pour pouvoir contrôler les mutations du virus, comme la variante plus contagieuse qui a émergé au Royaume-Uni et en Afrique du Sud entre autres.

"Notre seul espoir est de vacciner autant de personnes que possible le plus tôt possible pour devancer ces variantes. C'est pourquoi nous devrions envisager de commencer par une seule dose par personne. Le vaccin Pfizer est très efficace et, même après une dose, vous obtenez une protection de près de 90%", a-t-il indiqué auprès du journal De Standaard.

Le virologue Johan Neyts a quant à lui utilisé un langage beaucoup plus fort pour soutenir cette idée de vaccination. "L'ennemi est à la porte, c'est la guerre. Nous devons être créatifs", a-t-il tout d'abord indiqué. "La deuxième dose consiste à optimiser la protection et à activer la mémoire de notre corps pour un effet maximal, mais vous pouvez attendre six mois pour cela. Nous devons considérer ce que nous voulons. Vise-t-on un déploiement maximal et prenons-nous un petit risque?"

"Ne vous précipitez pas" : Frank Vandenbroucke à l'heure des doutes

Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (sp.a) ne veut pas travailler dans l'urgence et veut prendre du temps pour réfléchir à cette stratégie. "Je n'ai pas l'habitude de me précipiter et de mal faire les choses dans des domaines aussi importants", a-t-il déclaré à Radio 1 ce lundi matin.

"Nous préparons les premières vaccinations depuis des semaines et des semaines et travaillons très dur. Changer le calendrier de vaccination nécessite une réflexion, une analyse, une analyse juridique", s'est-il contenté d'indiquer sans vraiment prendre position sur la question.

Sur La Première, il a ajouté que la Belgique était tenue de respecter les protocoles en vigueur, qui établissent qu'une double dose est obligatoire. Il a encore précisé que tout changement devrait s'opérer en concertation avec les collègues européens.

Yves Van Laethem met en garde contre les contraintes éthiques et légales

Interrogé sur le sujet à l'issue de la conférence de presse, Yves Van Laethem s'est étendu sur le sujet en exprimant ses craintes quant à cette façon de fonctionner. Tout d'abord, le spécialiste des maladies infectieuses estime qu'il faut connaitre l'impact que pourra avoir sur la population cette simple dose dans un premier temps.

"Quand on regarde les études publiées, on se rend compte qu'avec ces vaccins à base d'un ARN-Messager, nous avons une protection significative dès le 8e-10e jour après la 1ère dose. Il serait donc intéressant scientifiquement de savoir l'impact que pourra avoir sur la santé publique le fait d'administrer une dose unique avec une protection moindre par rapport à une couverture plus importante de personnes qui sont à risques de développer la maladie", relate-t-il.

Yves Van Laethem explique ensuite que plusieurs contraintes s'opposent à cette nouvelle stratégie. Des contraintes qui se veulent éthiques mais aussi légales. "Au point de vue éthique, il faut quand même rappeler que le schéma qui a été développé et expérimenté est un schéma en deux doses et nous ne connaissons pas l'impact exact sur un nombre significatif de personnes pour un schéma en une dose entre autres chez les personnes âgées."

D'autre part, au sujet de la vaccination, le porte-parole interfédéral indique également qu'il existe un contexte légal important à respecter. "Le schéma expérimenté et approuvé l'a été par les autorités de régulation comme l'Agence Européenne des médicaments mais aussi par la communauté européenne en tant que telle. Transiger avec ces deux doses en en administrant qu'une seule pourrait poser d'un point de vue légal et juridique d'importantes questions pour ne pas dire d'importants problèmes."