Six pays européens membres de l'Otan, dont la Belgique, ont conjugué leurs efforts pour acquérir en commun neuf exemplaires d'une denrée rare dans l'arsenal des armées du Vieux Continent: les ravitailleurs en vol, désormais indispensables pour mener des opérations aériennes d'envergure. Et les trois premiers de ces avions, des Airbus A330 MRTT, sont en passe de devenir opérationnels au départ de la base aérienne d'Eindhoven (sud des Pays-Bas) et de l'aéroport de Cologne (ouest de l'Allemagne), aux mains d'équipages multinationaux.

Livrés fin juin et en septembre - et le 19 novembre pour le dernier en date -, ces avions ont commencé leurs vols de qualification afin d'atteindre une "capacité opérationnelle initiale" (IOC) au 3e trimestre 2021. Les ravitaillements en vol ont débuté avec des avions de combat Eurofighter allemands et, tout récemment, avec des F-16 néerlandais, a précisé récemment le major belge Pieter (nom de famille tu pour des raisons de sécurité) à quelques journalistes belges.

Cet ancien commandant de bord sur avion de transport C-130 Hercules est l'un des trois pilotes belges déjà présents sur huit prévus. Au total, la Belgique détachera une quarantaine de personnes à Eindhoven, dont une vingtaine sont déjà sur place, selon le commandant du détachement belge, le lieutenant-colonel Kurt Deprez, également un pilote.

Deux d'entre eux occuperont une nouvelle fonction - inexistante jusqu'à présent au sein de la composante Air de l'armée: celle d'ARO (pour "Air Refuelling Operator"), responsable des opérations de ravitaillement en vol avec les deux systèmes que possède l'A330 MRTT et qui lui permettent de réapprovisionner la quasi-totalité des avions de combat en service en Occident.

Ces avions sont aussi capables de réaliser des missions de transport de passagers et/ou de fret et d'évacuation médicale (ou Medevac en jargon militaire).

"Il est possible de relier d'une seule traite Las Vegas (la ville des Etats-Unis près de laquelle se situe une importante base américaine)", a souligné le major Peter.

L'unité qui met en oeuvre ces trois - et d'ici 2024 neuf - avions, la MMU (pour "Multinational MRTT Unit"), est unique en ce sens qu'elle opère cette flotte au profit des six pays membres et qui la financent (l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la République tchèque) selon le principe de "Pooling and Sharing" (en français partage et mutualisation).

Elle a aussi la particularité d'être localisée sur deux lieux différents: Eindhoven, qui accueillera de manière permanente cinq avions et quelque 250 personnes - dont 11% de Belges - et Cologne-Wahn, où les quatre autres avions seront basés et mis en œuvre par 120 personnes environ, selon le commandant de la MMU, le colonel néerlandais Jurgen Van der Biesen.

La Belgique a rejoint début 2018 le projet MMU en y affectant un montant de 258 millions d'euros, équivalent à un avion et qui lui garantit un quota annuel de 1.000 heures de vol pour des missions de ravitaillement en vol, de transport de passagers et/ou de fret et d'évacuation médicale.

Les A330 MRTT sont la propriété d'une agence de l'Otan, la NSPA ("NATO Support and Procurement Agency"), mais volent avec une immatriculation militaire néerlandaise.

Ce programme résulte du constat, sévèrement rappelé lors de l'intervention de l'Otan en Libye, d'un manque criant d'avions ravitailleurs - un type d'appareil essentiel pour allonger le rayon d'action des avions de combat. La gamme des ravitailleurs européens, souvent vieillissants, est aussi très disparate et ne permet pas de servir tous les types de chasseurs, car dotés de deux systèmes différents et incompatibles: la perche appelée "boom", pour ravitailler des chasseurs comme les F-15, F-16 et F-35, de construction américaine, et le panier remorqué utilisé par de nombreux avions de construction européenne ainsi que ceux de l'US Navy.