Ils se sont montrés extrêmement critiques sur la gestion de la pandémie par la Belgique, où elle a fait plus de 9.000 morts. L'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB), l'infectiologue Leila Belkhir (UCL) et la consultante en gestion de risque et sécurité Floor Lams ont d'emblée pointé de nombreuses lacunes dans la gestion de cette crise, alors que leur rapport définitif n'est attendu que pour la fin du mois d'août.

"Comment se fait-il que l'on ait à ce point minimisé l'épidémie?", s'est interrogée Leïla Belkhir. "Il existait un plan pandémie, à la suite du virus H1N1. Ce qui nous a surpris, c'est que ce groupe de travail n'a jamais été reconstitué. On s'est retrouvé à devoir improviser pour prendre en charge les patients." L'infectiologue a aussi pointé une communication cacophonique. "La communication a été l'un des points les plus catastrophiques. Ça a été la galère dès le début. On ne savait jamais à qui s'adresser et on ne s'y retrouve toujours pas. Il y a beaucoup trop de niveaux de décision", a-t-elle indiqué. "Entre médecins, on a fonctionné avec des groupes Whatsapp. Le premier qui voyait une modification sur le site de Sciensano prévenait les autres", a-t-elle notamment illustré. Mme Belkhir a aussi indiqué que le testing n'était "pas encore optimal du tout."

Yves Coppieters a de son côté plutôt pointé une "centralisation de décisions par un petit groupe d'experts officiels", critiquant une "non-pluralité des experts qui ont influencé les décisions politiques." Selon lui, il y a eu "une chasse gardée de quelques experts, ce qui interpelle en termes de démocratie". L'épidémiologiste a aussi critiqué "notre incapacité à aller chercher des bonnes expériences ailleurs". Il a aussi demandé que la Belgique puisse poser un regard critique sur le rôle et la gestion de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Floor Lams a pour sa part plaidé pour une gestion uniforme de la crise et appelé à davantage de clarté dans la définition des rôles de chacun, notamment entre les bourgmestres et les gouverneurs de province. En outre, "il faut un groupe de gestion de crise avec des personnes entraînées à cela", a-t-elle fait valoir, jugeant nécessaire que toute personne appelée à être confrontée à de la gestion de crise puisse recevoir une formation en la matière.

La commission a finalement pu se réunir en séance publique, malgré le souhait de certains experts de tenir la séance à huis clos en raison du caractère provisoire des présentations. Une deuxième partie se déroulera malgré tout portes closes, notamment en vue de désigner un quatrième expert et de définir l'ordre des travaux.