La crise sanitaire actuelle a ébranlé un système déjà fragilisé: elle doit permettre d'amener une réforme structurelle du financement des soins de santé, estiment mercredi les analystes de la banque, les fédérations du secteur, mais aussi le ministre de la Santé publique Franck Vandenbroucke. Les premières projections de Belfius concernant l'impact de la crise sanitaire laissent, sans grande surprise, entrevoir "des turbulences d'une ampleur sans précédent pour le secteur". Les hôpitaux risquent de subir une perte courante de plus de 2 milliards d'euros, les compensations promises par les pouvoirs publics seront donc indispensables pour compenser ses pertes.

Elles ne suffiront cependant pas à assainir un secteur que l'on sait fragilisé depuis des années, "une réforme structurelle de leur financement paraît essentielle", prévient Dirk Gyselinck, membre du comité de direction de la banque.

La crise "doit être une opportunité pour revoir le système de financement des hôpitaux mais aussi la réorganisation des soins", estime la fédération Unessa. Elle se réjouit de l'intention du ministre de la Santé publique Franck Vandenbroucke d'en faire une priorité. "Il faut permettre de plus investir, mais aussi de mieux investir", estime celui-ci, avançant un travail sur cette réforme "pragmatique, rigoureux et précis".

Car le constat était déjà inquiétant avant le covid-19. L'an dernier, environ un hôpital sur trois était toujours déficitaire. Les hôpitaux généraux ont réalisé un chiffre d'affaires total, en hausse de 5%, de 16,1 milliards d'euros (avec les hôpitaux universitaires, le CA atteint environ 20 milliards), mais leur résultat courant n'atteignait que 76,7 millions d'euros, soit 0,48% du CA.

"Les années précédentes déjà, nous avions signalé qu'une perturbation mineure pourrait avoir des conséquences catastrophiques dans le secteur", rappelle la banque. "Cette situation met également la capacité d'investissement sous pression."

Un hôpital sur trois était en effet toujours déficitaire l'an dernier, et seulement 17 des 87 hôpitaux généraux dégageaient un résultat courant de plus de 2% du chiffre d'affaires, "niveau considéré comme un critère de santé financière".

L'endettement a encore augmenté en 2019 (de 3%), à 7,52 milliard d'euros et 16 hôpitaux ne disposaient pas des liquidités suffisantes pour rembourser la dette arrivant à échéance au cours de l'exercice. "L'un d'entre eux a même un cash flow négatif", souligne Belfius.

L'année 2020 arrive donc comme la goutte qui fait déborder le vase, non seulement elle creuse les dépenses car les hôpitaux ont dû acheter du matériel de protection spécifique, faire appel à du personnel intérimaire, adapter leur infrastructure pour séparer les patients covid des autres, etc. Mais elle les a également privés de plusieurs rentrées avec l'arrêt de nombreux soins: moins d'honoraires d'opérations, de consultations, mais également des pertes de revenus en pharmacie et aussi dans les parkings payants puisque les visites ont été interdites la majorité de l'année.

"Ces différents surcoûts et la baisse des recettes liée à la diminution de l'activité habituelle ont entraîné une contraction du chiffre d'affaires de 8,1% en moyenne au premier semestre 2020", précise Belfius. La deuxième vague étant "nettement plus lourde et généralisée", son impact financier sera probablement encore plus lourd, raison pour laquelle les projections tablent sur une perte de chiffre d'affaires de 10,4%. Le résultat courant négatif plongerait, lui, à 11,2% par rapport au chiffre d'affaires, soit plus de deux milliards d'euros.