Les Belges sont fortement divisés sur la gestion du passé colonial par le pays, ressort-il d'une enquête menée par des chercheurs de l'Université d'Anvers (UAnvers) et du Musée royal de l'Afrique centrale (MRAC). Il apparait par ailleurs que notre connaissance factuelle de l'histoire coloniale belge est pauvre. Les chercheurs de l'UAnvers et du MRAC s'intéressent, dans le cadre de leur recherche, au regard porté sur le passé colonial par la population et les élus, ainsi qu'à leurs opinions au sujet de la 'décolonisation' et de l'octroi ou non de compensations matérielles ou symboliques à la communauté noire. "La recherche se concentre sur les attitudes individuelles de l'opinion publique et des élites politiques, pour ensuite analyser leurs relations mutuelles", indique le chercheur Zeger Verleye, de l'UAnvers.

Une enquête menée en mars auprès d'un échantillon représentatif de 1.026 adultes, montre que le Belge a peu de connaissances factuelles sur le passé colonial de son pays. En effet, le score moyen obtenu lors d'un test de connaissances était de 7,55 points sur 20. Seuls 30,7% des personnes interrogées ont obtenu un score de dix ou plus.

Les Belges semblent aussi être divisés sur l'évaluation même du passé colonial de leur pays, la moitié estimant qu'il est plutôt positif, l'autre moitié le jugeant plutôt négativement. Au moins 57% des répondants estiment que les statues coloniales ont davantage leur place dans un musée qu'au sein du paysage urbain. Il est, à cet égard, frappant de constater la différence significative des opinions entre le nord et le sud du pays. Les Belges francophones semblent être davantage d'accord avec cette position que les Belges néerlandophones.

En ce qui concerne les excuses, 37% des répondants sont d'accord ou complètement d'accord avec l'idée selon laquelle le gouvernement belge devrait présenter ses excuses à la République démocratique du Congo pour son passé colonial. Ce chiffre grimpe à 72% des Belges lorsque l'on prend en compte les répondants ayant indiqué être "plutôt d'accord".

Les chercheurs ont également analysé la manière dont les élus s'expriment au sujet du passé colonial et des mesures de 'décolonisation'. Contrairement à l'opinion publique, le sujet ne semble pas autant diviser le monde politique. "Il y a, selon les chercheurs, une reconnaissance plus ou moins partagée des abus coloniaux et une absence de débat politisé sur les mesures de décolonisation chez les élus." En d'autres termes, estime M. Verleye, les politiciens évitent systématiquement le débat en utilisant quelques stratégies rhétoriques.